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Voyage en éducationationalie

Les tracts syndicaux sont les seules fleurs qui paraissent en automne. Ils offrent une plongée dans au cœur du système de blocage de l'éducation nationale. L'Université syndicaliste, supplément au n°641 de la publication du syndicat majoritaire, le SNES.

Plus d'argent et moins de travail
Demander "la prise en compte des spécificités de l'exercice en collège", et "l'intégration de la concertation dans le service actuel des enseignants" semble être la principale préoccupation de l'éditorial du cosecrétaire général. Il s'agit de la position traditionnelle du SNES, qui refuse de s'engager sur la pédagogie, qui divise radicalement les profs, pour rester majoritaire aux élections professionnelles en ne défendant que des revendications matérielles. Conserver ce chiffre magique de 52% des voix aux élections professionnelles est le seul moyen de pouvoir intervenir sur les mutations, cela explique de 30% des stagiaires en "formation" à l'IUFM cotisent, avant de se rendre compte que si tout le monde adhère pour obtenir des privilèges, le syndicat ne peut privilégier tout le monde. Les adhésions réelles au SNES tournent vite autour de 15% des profs et répondent souvent à une stratégie pseudo-corporatiste, incapable de répondre aux défits éducatifs d'aujourd'hui.

Une politique dans l'air du temps
Une lecture plus attentive de l'organe officiel du SNES montre que son action dépasse largement la stricte défense des intérêts corporatifs. Le FSU est membre du Reseau Education Sans Frontières, animé par des trotskystes et lui fait honneur dans sa revue de presse à propose d'une petite fille menacée d'expulsion avant un bel article sur "homophobie, une question d'éducation" par le responsable de ce syndicat pour "la lutte contre les discriminations". Il décrit dans "Libération" un "jeune homosexuel" découvert "le crâne fracassé et la cage thoracique enfoncée" avant de dire que l'école ne redresse pas les "erreurs" et que le jeune "homo" est "martyrisé" et que personne ne l'a jamais défendu "ni parmi ses camarades, ni même parmi les adultes".

Des réflexes de la vieille gauche
Ils ont le courage de défendre Redeker, mais en affirmant que "aucune philosophie, aucune idéologie, aucune religion n'est au dessus des lois" ce qui nous rappelle d'étranges souvenirs et qu'il faut "lutter contre les obscurantismes". Entre un article pour les logiciels libres et une pub de Microsoft les vieilles sympathies communistes ne sont pas mortes, du non à la privatisation de GDF à un éloge du cinéma officiel cubain où deux enfants fuguent pour obtenir qu'on refuse une autorisation de quitter le pays à la mère de l'un d'eux.
En tout cas ils sont bien gentils de se soucier des débuts de carrière de jeunes profs mal payés, mais il faudrait qu'ils réfléchissent aux questions de retraites. Pour eux pas de problème "il faudra de nouveaux financements" socialisés "pour protéger tout le monde", et "Ce dernier choix est à portée pour une société qui va s'enrichir". Contre la "paupérisation relative des retraités" les jeunes paieront!

Au service du pédagogisme
Enseigner c'est "faire émerger", c'est le laisser trouver par lui même, malgré l'angoisse, c'est soutenir les revues de pédagogie constructiviste et les inspecteurs et formateurs d'IUFM humiliés d'avoir à dire qu'ils doivent obéir à leur ministre. Au delà des revendications matérielles et des sympathies politiques le SNES soutient discrètement mais fermement le pouvoir des pédagogistes sur le monde enseignant.
Leur journal donne largement la parole à leur grand prêtre, Philippe Meirieu. Pour lui, les nostalgiques ne savent pas "regarder la complexité des questions à traiter. D'ailleurs ils sont "beaucoup moins nombreux qu'on ne le dit" et prêts à soutenir des réformes … mais lesquelles?

Après le collège unique, le lycée unique
"Education" pour tous, la plus uniforme possible et le plus longtemps possible. Meirieu refuse d'avoir pitié des élèves qui veulent quitter les bancs abstraits de leurs classes pour des formations plus actives. L'enseignement en alternance avec un apprentissage c'est du "y' a qu'a exclure" et de la lutte contre les élèves en échec et un abandon de la "culture générale". Pour lui on achète la paix dans les classes, on vend par appartement l'éducation nationale aux entreprises et collectivités territoriales, alors que la création des bacs avait permis à l'Etat de prendre le contrôle de la formation "professionnelle" dans les années 80. Il lui faut un "lycée unique" qui soit un "creuset social" pour prolonger les effets du collège unique, même si il "ne résout pas tout". Ca ne marche pas, il faut en faire encore plus!.

Tous dans la carte scolaire
Pour sa part il pense a réagir contre la contagion de l'exemple de la logique libérale des écoles privées et à maintenir l'équilibre républicain en retravaillant la carte scolaire (qui intégrerait le privé?) pour garantir la mixité sociale. Une seule bonne idée, des services moins longs dans les zones difficiles, financés en fonction du nombre de parents pauvres dans les établissements, y compris du privé, ce qui ferait une transition progressive effaçant al frontière stigmatisante des ZEP.

Pédagogie à tous les étages
Il pense aussi qu'il faut bien plus de temps d'IUFMisation. Six mois c'est bien trop peu, il faut deux ans de pédagogisme. L'apprentissage de l'art de faire la synthèse de questions complexes pour savoir les expliquer qui se fait en préparant les concours n'est que du "bachottage" alors que l'accompagnement des formateurs de l'IUFM où les stagiaires ont presque tous l'impression de perdre leur temps lui semble essentiel.
La leçon du maître est bien comprise le SNES propose des modules de pré-pédagogisation à l'université et une prolongation des formations pédagogistes en 2e et 3e année d'enseignement.

 

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