Compte rendu d'une rencontre entre Philippe MEIRIEU et une section socialiste.
La salle Germinal était pleine le 26 mars au soir, à Désertines
et on avançait le nombre de 300 personnes, dont quelques habitants
de l'agglomération moulinoise.
Un diaporama de Philippe Foltier à permis de mieux comparer, en matière
d'éducation, les bilans respectifs de la gauche (81- 86 et 86-93)
et de la droite( Bayrou, Ferry, Fillon, Robien). De quoi bien rafraîchir
la mémoire d'enseignants encore hésitants !...
Philippe Meirieu est intervenu à plusieurs reprise dans la soirée,
éblouissant à chaque fois, et pour la pertinence des analyses
et pour la qualité de la présentation. Des applaudissements
nourris ponctuaient toujours ses prises de paroles. Citons quelques points
abordés : mises en perspectives des questions éducatives...
Les différentes démocratisations de l'école (l'accès
et la réussite)... La stagnation des performances du système
éducatif depuis 1995... La ZEP, le mensonge d'Etat... Avoir plus
d'Etat et moins de bureaucratie... Les 10 chantiers à lancer (de
la maitrîse de la langue par tous les enfants à la construction
de la cité démocratique en passant par l'orientation positive,
l'équité territoriale ou le dialogue entre l'école
et la famille... La nécessité de comparer les projets de société
pour les prochaines élections...
Les 14 propositions de Ségolène Royal étaient présentées
et commentées par Bernard Lesterlin, candidat PS aux législatives
dans la circonscription de Montluçon.
François Laplanche, par son animation permettait l'expression et
la reformulation des questions de la salle autour de 4 axes: les missions
pour l'école de demain, les mesures urgentes pour la rentrée
2007, la montée de la violence des élèves et l'amélioration
des conditions de travail des enseignants.Une excellente soirée:
une tête bien pleine et un coeur débordant d'espérance.
C'est sûr, il y a une très grosse différence entre la
droite et la gauche en matière d'éducation !
http://www.psmontlucon.org/
Autres compte-rendu
http://gilleschabre.typepad.com/desirsdavenir42/2007/02/debat_participa.html
ici ou par là, dans ce journal, et au congrès de La Rochelle
Philippe Meirieu Quelques principes possibles pour une éducation
démocratique
Sommaire | Du socle commun aux fondamentaux de la citoyenneté
http://www.cafepedagogique.org/dossiers/meirieu/index2.php
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L'éducation n'est pas un processus de fabrication, mais l'accompagnement
de l'émergence d'un sujet libre. C'est pourquoi aucun système
éducatif ne saurait être astreint à une " obligation
de résultats ". En revanche, il est astreint à une
" obligation de moyens " et doit rendre compte de la manière
la plus transparente possible de tous les moyens qu'il met en œuvre
pour lutter contre l'échec scolaire générateur de
détresse individuelle et sociale, qui compromet l'avenir de la
société tout entière et génère, sur
la durée, d'immenses coûts sociaux.
Dans une société démocratique, l'éducation
est consubstantiellement éducation à la démocratie
: elle forme des citoyens capables de comprendre le monde, de définir
ensemble le bien commun et de travailler à plus de solidarité
entre les hommes et entre les peuples.
L'éducation est une responsabilité collective à l'égard
du futur. Elle conditionne l'avenir du monde. Les parents, les enseignants
et cadres éducatifs, les associations, les hommes et femmes de
communication, les artistes et, plus généralement, tout
le tissu social exercent ensemble cette responsabilité. Dans une
société démocratique " le projet éducatif
" est affaire de tous et chacun doit y contribuer.
En ce qu'elle conditionne l'avenir de la démocratie et la pérennité
du monde, l'éducation ne peut être soumise à la logique
marchande et aux intérêts à court terme des puissances
économiques. En ce qu'elle se donne pour objectif la formation
des personnes, l'éducation ne peut être soumise à
l'obligation de résultats et son efficacité ne peut être
mesurée en termes de performances.
La qualité de l'éducation doit être évaluée
en tenant compte des finalités de cette dernière. Outre
les critères concernant le niveau scolaire des élèves,
elle doit intégrer des indicateurs concernant la formation citoyenne
: apprentissage de la décision collective et de la démocratie
représentative, autonomie documentaire, esprit critique à
l'égard des médias, initiatives solidaires, développement
de la créativité.
Si l'éducation n'est pas toute-puissante dans la mesure où
elle s'exerce dans des contextes politiques et économiques déterminés,
elle n'en dispose pas moins de marges de manœuvres réelles.
Les éducateurs et éducatrices doivent identifier ces marges
de manœuvre afin de pouvoir y développer une pédagogie
de la liberté.
Les parents sont les premiers éducateurs. Mais l'exercice de la
parentalité ne s'improvise pas. Les évolutions actuelles
de la structure familiale, mais aussi, plus largement, des situations
sociales, imposent une réflexion sur les conditions d'exercice
de la parentalité. Elles exigent des États le développement
une d'une formation à la parentalité, en particulier en
direction des populations les plus fragiles.
Plus généralement, et pour faire face aux nouvelles données
du monde contemporain, il faut promouvoir toutes les possibilités
en matière de réflexion sur l'éducation : les parents,
les enseignants et les acteurs sociaux de toutes sortes doivent pouvoir
travailler ensemble sur des questions comme l'exercice de l'autorité
et l'usage des sanctions, l'accès à la lecture critique,
le bon usage des médias, etc.
Dans l'ensemble des acteurs éducatifs, l'École détient
un place spécifique : elle a pour mission de contribuer à
l'émancipation des personnes par la transmission des savoirs. Cette
émancipation s'effectue tout autant et indissociablement grâce
à la nature des savoirs et à la manière dont ils
sont enseignés.
Les savoirs scolaires doivent permettre à l'enfant de comprendre
le monde dans lequel il vit et, en particulier, de connaître toutes
les étapes de la construction progressive de l'humanité
: apparition du monde et de l'homme, développement des sociétés
de droit, émancipation de l'homme à l'égard des forces
de la nature, construction des savoirs par rapport à toutes les
formes de superstition, reconnaissance progressive de la dignité
de tous les humains, efforts des hommes en faveur de la solidarité
et contre toutes les formes de repliement et de dictature. Cette évolution
vers plus de liberté et de solidarité, ainsi que la lutte
contre tous les obstacles qu'elle a rencontrée, constitue le fil
directeur de l'élaboration des programmes scolaires.
Ce fil directeur doit exister dès l'éducation enfantine
qui doit devenir un droit reconnu par tous les états. La scolarisation
de la petite enfance à partir de 3 ans est un moyen indispensable
pour lutter contre l'inégalité des conditions sociales et
des environnements culturels.
Au cours de la scolarité obligatoire, l'éducation scolaire
doit s'émanciper des découpages universitaires épistémologiquement
légitimes, mais qui ne garantissent pas, s'ils sont simplement
projetés dans l'école, la formation du citoyen. L'éducation
scolaire doit partir des " problèmes " que tout citoyen
doit apprendre à gérer et à résoudre et non
des catégorisations disciplinaires sédimentées dans
la sphère des savoirs savants. Les disciplines universitaires doivent
donc être mobilisées comme des " disciplines contributoires
" et non structurantes de l'activité scolaire.
L'ensemble des savoirs scolaires peut être regroupé, d'une
part, en deux grands types de " savoirs transversaux " : 1)
Savoir communiquer par oral, par écrit, avec son corps, en utilisant
des outils mathématiques, les technologies de la communication
et au moins une autre langue vivante que sa langue maternelle. 2) Savoir
créer avec des mots, son corps et toutes sortes de matériaux,
à partir d'approches différenciées de démarches
créatrices et de manière individuelle et collective. À
travers ces deux champs de " savoirs transversaux " et en travaillant
à leur formation, la scolarité obligatoire doit, d'autre
part, s'attacher à trois champs de savoirs spécifiques qui
conditionnent l'accès à une citoyenneté lucide et
solidaire : 1) L'éducation à la santé, à l'environnement
et au développement durable. 2) L'éducation scientifique
et technologique qui permet de comprendre le fonctionnement et les dysfonctionnements
des objets techniques usuels ainsi que les enjeux liés au statut
et à l'usage de la science. 3 ) L'éducation à la
citoyenneté par la découverte de l'histoire de l'émergence
de la démocratie et l'expérimentation de ses principes et
de ses modes de fonctionnement dans des cadres et sur des objets adaptés
au niveau de développement de l'enfant.
Les savoirs scolaires doivent être enseignés de telle manière
que, dans l'acte même de leur enseignement, ils soient porteurs
d'émancipation. Pour cela les savoirs ne doivent pas être
présentés comme des essences éternelles et immuables
mais comme des constructions des hommes dans le processus de leur émancipation
;
Les apprentissages scolaires doivent permettre à tous les enfants
d'apprendre progressivement à distinguer ce qui relève du
" savoir " et ce qui relève du " croire ",
ce qui relève de " la connaissance " de ce qui relève
de " l'opinion ", ce qui relève de " l'objectivité
scientifique " de ce qui relève de la " croyance personnelle
ou collective ". L'école n'a pas à discréditer
ce qui relève des choix personnels, mais à enseigner ce
qui vaut pour tous. Cette distinction est fondatrice de la laïcité.
Les apprentissages scolaires doivent également former l'élève
à " penser par lui-même " et à résister
à toutes les formes d'emprise des clans, groupes et tribus de toutes
sortes. L'adulte doit aider l'enfant à résister à
toutes les " pressions à la norme " et, en particulier,
les pressions commerciales des marques.
Les apprentissages scolaires doivent, plus généralement,
permettre le développement de la pensée critique. Dans cette
perspective, un sort particulier sera réservé à la
lecture de l'image et à l'éducation aux médias.
Les apprentissages scolaires doivent être effectués avec
des méthodes qui respectent la dignité et la liberté
de l'enfant. Au fur et à mesure qu'il grandit et qu'il peut l'assumer,
l'élève doit être associé au choix de ces méthodes.
L'École doit lutter contre la marchandisation des savoirs scolaires,
en particulier à travers un combat contre l'hégémonie
des notes. La prise en compte des progrès de chacun et du développement
de sa personnalité doit entrer systématiquement en ligne
de compte.
Pour lutter contre la marchandisation des savoirs scolaires, l'École
doit promouvoir " la pédagogie du chef d'œuvre "
: les activités scolaires doivent être finalisées
par des travaux personnels ou collectifs qui, poussés au plus haut
degré d'exigence, permettent, à travers des tâches
dans lesquelles les élèves s'investissent pleinement, de
dé rencontrer des obstacles et d'élaborer des savoirs. Les
enseignants accompagnent cet investissement en étant attentifs
aux progrès réalisés par chacun. Ils peuvent utiliser
des échelles de progression afin de permettre à l'élève
de se situer au regard des exigences qui lui sont manifestées.
En aucun cas, un travail ne doit " être payé d'une mauvaise
note " et abandonné. Tout travail imparfait doit être
repris et poussé à son terme.
Les règles de fonctionnement de l'École comportent nécessairement
une part non négociable (les missions de l'institution, les programmes,
l'interdit de la violence, le respect des biens collectifs), mais elles
comportent également une part négociable avec les élèves
dans le cadre de dispositifs pédagogiques structurés et
organisés par le maître (" conseil d'élèves
"). Les adultes ont ici pour mission d'aider les élèves
à construire " le bien commun " et à identifier
les moyens de le faire respecter.
Les sanctions ne doivent pas exclure. Car l'élève qui commet
une faute s'exclut déjà par lui-même de la collectivité.
Les sanctions doivent donc être conçues pour lui permettre
de réintégrer le groupe et d'y retrouver une place en respectant
les autres.
La classe comportant un groupe d'élèves homogènes
et de niveau identique n'est qu'une manière parmi d'autres d'organiser
l'École. Il faut diversifier aujourd'hui les modes de regroupement
afin de mieux répondre aux besoins des élèves : groupes
de niveau et besoin, groupe d'activités, groupes d'appartenance,
groupes de suivi, etc. Il faut également diversifier les situations
de travail : enseignement collectif, travail en petits groupes, recherches
documentaires, travail individualisé, ateliers de création,
etc.
L'École publique a la responsabilité de faire accéder
tous les élèves aux savoirs qu'elle enseigne. Elle ne peut
se contenter de dispenser des cours et de renvoyer leur appropriation
au travail personnel de l'élève ou au soutien des parents.
L'encadrement de l'étude fait partie intégrante de ses missions.
L'École publique doit être à elle-même son propre
recours : tout élève en difficulté doit pouvoir trouver
dans l'École un dispositif et une personne capables de répondre
à ses questions. L'École publique ne doit jamais renvoyer
ses élèves et ses parents vers des structures privés
ou vers le marché.
Au sein de l'École publique, l'orientation des élèves
ne doit pas se faire sur la base de l'échec dans certaines disciplines,
mais dans le cadre d'une éducation au choix tout au long de la
scolarité.
L'orientation vers les filières professionnelles ne doit, en aucun
cas, être proposée et vécue comme une sanction. L'École
publique se doit de reconnaître la diversité des intelligences
et l'égale dignité des voies de formation.
L'École doit être accueillante envers les familles, même
si celles-ci ne doivent pas se substituer aux enseignants. Les parents
doivent toujours pouvoir obtenir l'information qu'ils souhaitent sur les
activités de l'École et le développement scolaire
de leurs enfants.
Les évolutions et les réformes de l'École ne peuvent
être imposées aux enseignants par les gouvernements sans
consultation ni accompagnement formatif. S'il appartient aux gouvernements
de trancher, en dernier ressort, du " bien commun ", il ne peut
considérer les enseignants comme de simples exécutants.
Il revient aux pouvoirs publics de mettre en place les structures nécessaires
pour détecter , analyser et faire connaître les travaux pédagogiques
qui se déroulent dans les établissements scolaires. Il leur
revient également de favoriser les échanges de pratiques
et la mutualisation des acquis.
La formation initiale et continue des enseignants doit être une
priorité. Elle doit être organisée par les instances
compétentes à partir d'un recueil des demandes. Par ailleurs,
toutes les associations et tous les mouvements pédagogiques qui
organisent de la formation des enseignants doivent être encouragés
et aidés.
Ces propositions ne sont qu'une première étape dans la reconstruction
nécessaire d'une utopie éducative pour faire face aux défis
du XXIème siècle. Elles doivent être complétées
et enrichies par tous les hommes et toutes les femmes qui croient plus
que jamais nécessaire de " se souvenir du futur ".
Philippe Meirieu - Page publiée le 07-02-2005
Meirieu accusé de vouloir empêcher toute forme de remise
en cause de ses dogmes pédagogiques : Un article trouvé
sur ce site en faveur des " écoles différentes "
(Freinet, Montessori etc ..) et hors contrat.
http://ecolesdifferentes.free.fr/FIGAROPEDAGO.htm
PRIVÉ : Le livre qui rallume la guerre
Après vingt ans de statu quo, le pédagogue Philippe Meirieu
demande dans un livre polémique la suppression du secteur privé.
Coupable à ses yeux d'exister, de réussir, et surtout de
se développer.
Par Véronique Grousset [Le Figaro 15/01/05]
L'ouvrage se veut à la fois "polémique et provocateur".
Très court, à peine plus d'une centaine de pages *, il s'ouvre
sur une question bizarre, quoique équilibrée : "Faut-il
nationaliser l'enseignement privé ou privatiser l'enseignement
public ?" On s'attend donc à un débat, qui promet d'être
intéressant ; sauf qu'il n'a pas lieu, faute d'un seul argument
en faveur de la seconde hypothèse.
Ce qui n'a rien d'étonnant quand on connaît un peu l'auteur
: conseiller de tous les ministres de l'Education nationale depuis trente
ans, promoteur du collège unique et maître d'oeuvre de la
"pédagogie moderne", qu'il inculque encore aujourd'hui
aux futurs enseignants en sa qualité de directeur de l'IUFM de
Lyon, Philippe Meirieu n'allait évidemment pas prôner la
privatisation de l'enseignement public. Ni encourager une discussion sur
les mérites comparés des deux secteurs, au risque d'avoir
le plus grand mal à justifier sa conclusion... puisque celle-ci
consiste à réclamer la suppression du privé, le plus
performant des deux !
En dépit de son préambule, cet essai ne propose donc aucun
débat constructif sur l'avenir de notre système scolaire.
Il ne fait que plaider pour "un changement institutionnel",
visant à abolir la liberté de choisir son établissement
scolaire, effectivement inscrite dans notre Constitution, et réaffirmée
depuis par de nombreuses lois (Debré, Guermeur, Falloux, etc.).
Une liberté en moins, réclamée, comme d'habitude,
au nom de la deuxième valeur républicaine : l'égalité.
Car après trente années d'échec de ses idées
égalitaristes, qui n'ont fait qu'aggraver les inégalités
en condamnant des centaines de milliers d'anciens élèves
au chômage et à la frustration, Philippe Meirieu persiste
dans son erreur. Il martèle que l'école doit être
"la même pour tous" et que la concurrence entre les deux
secteurs serait devenue "mortifère pour la démocratie".
Ce n'est pourtant pas le succès grandissant du privé (30
000 de-mandes d'inscription refusées, faute de places, à
la dernière rentrée) qui l'inquiète le plus : Meirieu
n'ignorant pas que, quelle que soit la demande des familles, leur fuite
vers le privé a désormais atteint ses limites. Depuis les
lois Chevènement de 1985 - promulguées après les
grandes manifestations de 1984 pour restaurer "la paix scolaire"
- la capacité d'accueil des deux secteurs est en effet strictement
contingentée à 20% du total des élèves, au
maximum, pour le privé, et à 80% pour le public. Un seuil
que le privé a atteint depuis deux ans, et qu'il ne cherche pas
à dépasser.
"Nous préférons conserver notre caractère propre,
et continuer à travailler sur le qualitatif", explique à
ce sujet Paul Malartre, secrétaire général de l'enseignement
catholique... qui esquive prudemment toute allusion à son autre
motivation, de nature plus diplomatique : ne surtout pas ranimer la querelle
scolaire en empiétant sur la "part de marché"
attribuée au secteur public.
Aucun risque, par conséquent, de ce côté-là
: le privé ne peut pas grandir davantage. Ni menacer le taux de
remplissage du secteur public, quels que soient ses lacunes ou défauts.
Mais ce qu'il peut faire, en revanche, c'est attirer les meilleurs élèves
et les plus motivés. Ce qui suffit pour inciter de très
nombreux établissements publics à s'interroger sur l'efficacité
de leurs méthodes, et parfois même à en changer, en
imitant celles du privé : davantage de devoirs et de leçons,
un contrôle plus exigeant des connaissances, des cours plus magistraux,
des parcours plus diversifiés, des classes plus homogènes.
Quand ça n'est pas carrément "l'élitisation"
de tout l'établissement, par la création d'options réputées
difficiles, comme le japonais ou le grec.
Un véritable cauchemar pour Philippe Meirieu, aveugle sur le passé,
mais très lucide sur l'avenir. Et ce qu'il voit se profiler avec
horreur, ce sont des chefs d'établissement public qui n'hésitent
plus à contester le dogme instauré depuis 1975 (Tous les
élèves sont nés pour devenir des intellectuels. Tous
en ont la capacité et l'envie) ; ce sont des familles qui, empêchées
d'inscrire leurs enfants dans le privé, commencent à réclamer
la désectorisation du secteur public, au nom de leur droit constitutionnel
de choisir librement leur établissement (la France étant
l'un des seuls pays d'Europe, avec Malte et la Grèce, où
cette liberté n'est pas totale) ; et ce sont des futurs enseignants
qui, chaque année plus nombreux, préfèrent postuler
dans le privé plutôt que dans le public.
Cette ultime menace étant sans doute la pire. D'ici moins de quinze
ans, la moitié des enseignants qui exercent aujourd'hui partiront
en effet à la retraite. On manquera alors de candidats. On commence
d'ailleurs à en manquer. Et le meilleur argument qui jouait jusqu'à
présent en faveur du public (des retraites 20% plus élevées)
vient de sauter, grâce à une loi de fin décembre 2004,
non rétroactive, qui alignera bientôt les conditions de retraite
des enseignants du secteur privé sur celles de leurs collègues
du public.
D'où cet essai en forme de cri du coeur, poussé par un révolutionnaire
dont les idées menacent d'être balayées par la volonté
du peuple. Un bon signe, finalement, en ce début d'année
2005.
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