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Éditorial rentrée 2007
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Dans
quelques jours débute une nouvelle année scolaire. Déjà la presse a
évoqué le coût de la rentrée pour les familles, avant de nous
émouvoir avec les premières heures à l'école et les pleurs des
tout-petits. Néanmoins, les décisions de Gilles de Robien concernant l'école primaire ont eu le mérite de susciter un plus grand intérêt pour les questions pédagogiques. Le lecteur ou le téléspectateur n'ignore plus qu'il existe un débat sur les méthodes d'apprentissage de la lecture. Les médias évoquent parfois les conséquences désastreuses pour nos enfants de certaines pratiques pédagogiques. Ainsi, dans ses éditions des 24 et 26 août, le journal Le Monde parle d'un rapport du HCE (Haut Conseil de l'Éducation) à paraître. Selon le quotidien, " il critique durement les performances insuffisantes de ce maillon de la scolarité qui englobe l'école maternelle, qu'il n'épargne pas, et l'école élémentaire. " L'article du 24 août souligne que ce rapport s'inspire d'un précédent remis en 1998 par l'inspecteur général Jean Ferrier. En attendant de pouvoir comparer les deux textes, nous ne pouvons que souhaiter que le rapport du HCE à paraître le 27 août ne soit pas ignoré comme celui de 1998. Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre dix ans. Depuis le début de la campagne électorale, la question de l'École n’a pas souvent fait la une de l’actualité. Dans l’entre deux tours, ce qui domine est plutôt la récupération des voix qui se sont portées sur François Bayrou. Dans le même temps, une importante conférence de presse s’est tenue le mardi 24 avril, à propos de l’Appel pour la refondation de l’École (voir une rapide présentation ici). Pour l’instant, ni S. Royal, ni N. Sarkozy, ne se sont prononcés sur la question. Deux réactions ont néanmoins retenu notre attention. Dans un communiqué intitulé « Appel à la refondation »... ou au renoncement ?, les Cahiers pédagogiques font part de leur opposition, ce qui n’est pas réellement une surprise. Le premier argument avancé est celui du passéisme : « un aréopage de conservateurs et de déclinologues dresse un tableau catastrophiste et mensonger de l’école et des connaissances des élèves. » Nous avons déjà souligné, à propos des récentes interventions de Claude Allègre, que la situation déplorable des l’École mérite mieux que ce genre d’invectives. Répétons le : constater que nos élèves ont de trop grandes lacunes en quittant l’école primaire, que ces lacunes viennent des méthodes d’enseignement constructivistes, ce n’est pas être un dangereux réactionnaire ! La réaction du SNES est à ce propos plus explicite. Le syndicat majoritaire du secondaire relate brièvement la conférence de presse dans son dernier bulletin, L’US, du 28 avril 2007. Le titre choisi révèle, là encore, l’hostilité : « Refondation de l’École. L’École en dehors du temps ? ». Nous retrouvons les mêmes propos condamnant le passéisme de l’Appel mais une phrase mérite d’être relevée : « L’idée, largement développée dans l’appel, que des enseignements sont fondamentaux dans le sens où leur non-maîtrise interdit toute poursuite d’études est un non sens pédagogique qui renvoie toutes les autres disciplines au statut de faire-valoir ou de supplément d’âme et nient leur importance dans les dynamiques de réussite. » Quel aveu ! Un élève français n’a donc pas besoin de maîtriser sa langue maternelle pour réussir à l’École ! Cette réaction du SNES justifie ainsi les diminutions d’heure consacrées à l’étude de notre langue et le faible niveau constaté à l’entrée en sixième. Notre objectif n’est pas de dénigrer les enseignants du primaire mais de dénoncer des programmes et des méthodes imposées qui nuisent au bon développement de nos élèves. Néanmoins, estimer qu’il est possible d’apprendre l’histoire, les sciences, sans maîtriser le français est une conception de l’enseignement plus que condamnable ! Sur la question du collège unique, les dirigeants du SNES se sont révélés en opposition avec leurs adhérents. Nous ne pouvons qu'espérer, pour l'avenir de nos élèves, que les adhérents du premier syndicat de l'Éducation nationale aient une vision plus saine de l'enseignement. Depuis quelques jours, Claude Allègre fait à nouveau parler de lui dans le monde de l'enseignement. L'ancien ministre de l'Éducation publie un ouvrage1 dans lequel il dresse l'état des lieux de l'École et propose des solutions pour résoudre la crise. Malgré la forte contestation dont il fut l'objet, Cl. Allègre reste un des experts appelés par les médias pour traiter de l'enseignement. Ainsi, dans Le Figaro, dresse-t-il un constat des plus sévères : « La baisse du niveau est une réalité. Selon les statistiques officielles, 20 % des élèves qui entrent en 6e ne savent pas lire. Je suis plus pessimiste encore : j'estime que 30 % des élèves qui entrent au collège ne lisent pas couramment. La priorité, c'est d'apprendre à lire et à s'exprimer ! Tout le reste découle de cela, y compris les problèmes de violence. »2 Il rejoint ainsi l'actuel ministre qui concentre ses efforts sur les apprentissages fondamentaux à l'école primaire (voir à ce sujet notre bilan). Or, Claude Allègre ne cesse de l'affirmer : c'est un homme de gauche ! Il apporte ici un démenti à ceux qui présentent les tenants d'un retour aux apprentissages fondamentaux comme de dangereux réactionnaires. Ses propos indiquent nettement que la droite comme la gauche peuvent faire le même constat et proposer les mêmes solutions : dans ce domaine, la fracture n'est pas politique. Dans le même entretien, l'ancien ministre livre cette formule qui expose clairement ce dont a souffert l'instruction primaire depuis une trentaine d'années et le remède à apporter d'urgence : « C'est gentillet de faire des classes de neige et de visiter des usines de betteraves mais la priorité est de savoir lire, écrire et compter ! ».Il est réconfortant de trouver de tels propos dans la bouche d'un ancien ministre qui a tenté de transformer le système. Sa grande maladresse a bloqué son élan réformateur : c'est peut-être rassurant, vu qu'à l'époque il était conseillé par Philippe Meirieu, qui était, sans trop caricaturer, un fervent défenseur des visites d'usines de betteraves ! Même si les propos de Claude Allègre peuvent être une manoeuvre politique contre son ancienne ministre déléguée, il est important d'entendre un maximum de personnes porter, publiquement, un regard lucide sur les causes de la crise scolaire. Néanmoins, il reste pessimiste sur les possibilités de changement, en grande partie à cause des syndicats : « La première décision à prendre est d'annoncer que le ministre de l'Éducation est nommé pour toute la durée de la législature. Cela éviterait aux syndicats de faire un chantage permanent aux manifestations et à la grève, chaque fois que le ministre prend une décision. Mais je crois plutôt que rien ne changera. On ne fera aucune réforme. Car les syndicats, au premier rang desquels le Snes, font de l'ultracorporatisme et n'ont aucun projet éducatif. »2 Cette question de l'immobilisme des syndicats n'est pas spécifique à l'Éducation nationale. Leur rôle est fondamental dans la théorie des relations employeur/employés ; dans la réalité de leur fonctionnement, ils peuvent se révéler nuisibles pour ceux qu'ils sont censés défendre. Résister au blocage des syndicats lorsque l'on est un élu, cela s'appelle du courage politique. Souhaitons que le prochain ministre de l'Éducation nationale fasse preuve du courage nécessaire ! 1. C. ALLÈGRE, 10 + 1 questions à Claude Allègre sur l'école, Michalon, 2007. 2. Entretien accordé au Figaro, 10 mars 2007. Haut de page
Dans quatre mois, nous aurons choisi notre nouveau Président de la république. Les réformes entreprises par l'actuel ministre de l'Éducation, Gilles de Robien, ne seront donc pas nécessairement poursuivies. Pourtant, l'action menée pour redonner toute sa place à l'enseignement des bases de la lecture, de l'écriture et du calcul est plus que nécessaire. Il est certain que les dirigeants des principaux syndicats de l'Éducation nationale ainsi que nombre d'IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux) et de spécialistes des « sciences de l'éducation » ont vu leurs convictions bousculées. C'est là le grand mérite de Gilles de Robien. Néanmoins, tout cela est-il efficace et durable ? Examinons tout d'abord quelques réactions. Dans un communiqué de presse du 11 janvier 20071, le SGEN-CFDT dénonce la stigmatisation des enseignants : « Après l’apprentissage de la lecture, après le calcul et les quatre opérations, le ministre de l’Éducation demande désormais aux enseignants du 1er et du 2nd degré de pratiquer l’enseignement de la grammaire ! Pour le Sgen-CFDT, cette frénésie de mesures de pseudo bon sens devient scandaleuse. C’est laisser croire que les enseignants n’ont aucune notion de ce qu’ils doivent faire pour amener leurs élèves à la réussite. Cette forme de stigmatisation devient insupportable. Rappelons au passage, au ministre, qu’il existe des programmes, des horaires... qu’il semble ignorer allègrement. » Dans son éditorial du 24 janvier 2007, le Café Pédagogique2 aborde la circulaire sur le calcul : « Théorie invérifiée, choix contestable, décision prématurée, ce n'est à vrai dire pas la première circulaire Robien qui cumule ces reproches. La grande force de ce texte c'est de s'appuyer sur deux revendications fortes des parents. D'abord l'angoisse des parents devant le risque d'échec scolaire. [...] La seconde revendication est celle de la personnalisation. En effet les rythmes d'apprentissage des enfants sont différents, même si à l'arrivée l'écart d'acquisition n'est pas forcément important. [...] Appuyée sur ces attentes parentales, la circulaire Robien apparaît une nouvelle fois comme un objet politique. On peut craindre qu'elle aggrave la méfiance entre le monde enseignant et les parents. » La méthode, autoritaire, du ministre est donc dénoncée, ainsi que l'aspect politique de sa démarche. Il peut paraître paradoxal de trouver autoritaire les instructions données par un ministe aux fonctionnaires qui dépendent de son autorité. Gilles de Robien a constaté les piètres résultats des méthodes d'apprentissage dispensées depuis ces dernières années et impose, en conséquence, des changements. Le rôle du politique n'est-il pas de trancher un débat, de choisir une voie à suivre ? En remplissant son rôle, le ministre est accusé de stigmatisé les enseignants, de mépriser leur travail. Les enseignants seraient alors responsables voire coupables ! Nous pouvons déterminer plusieurs facteurs expliquant la crise de l'école. Le premier facteur est celui des textes de toutes sortes qui donnent (ou imposent) les méthodes pédagogiques et le programme. Si de nombreux professeurs ont pu sourire aux demandes ministérielles sur la place à accorder à l'enseignement de la grammaire, c'est parce qu'ils n'ont pas cessé de l'enseigner d'une manière explicite, ce qui leur semblait le plus efficace, le plus juste. Ils étaient néanmoins hors-la-loi, ou au minimum hors programmes officiels. Pour la plupart, cacher leur pratique lors d'une inspection fut une nécessité pour ne pas nuire à leur carrière ! Après avoir constaté les ravages de ces méthodes, d'autres ont ouvertement refusé d'appliquer les instructions officiels, au détriment de leur carrière3. La majorité des enseignants a cependant suivi ces directives, ce qu'il est possible de regretter. Nous approchons dans ce cas le deuxième facteur explicatif. Quand un professeur du secondaire se plaint que ses élèves ne savent pas lire ou écrire sans faire une faute à chaque mot, il ne dénonce pas l'incompétence de son collègue instituteur. Le problème vient des programmes qui ont imposé la diminution du nombre d'heures consacrées à l'enseignement de la grammaire ou de l'orthographe. L'enseignant qui a suivi les programmes et autres instructions officielles n'a donc fait que son travail et ne doit pas se sentir stigmatisé lors de la remise en cause de ces textes. En revanche, seule une minorité (mais il est malhonnête de nier cette réalité) peut être accusée de mal faire son travail. Les « mauvais profs » ne sont pas une invention d'hypothétiques ennemis de l'école ! Un professeur sait très bien quand, dans la classe de madame X ou de monsieur Y, le cours ne se passe pas correctement. Nous ne penson pas que les circulaires ministérielles traitent de ce sujet. Le problème est ici celui du recrutement et de la formation des professeurs. Le dernier facteur est l'élève lui-même, « l'apprenant » pour les spécialistes des sciences de l'éducation et ses parents, les fameux « géniteurs d'apprenant ». Il ne s'agit pas de dénoncer la démission des parents mais de prendre en compte le contexte dans lequel évolue l'École. Un enfant qui ne mange pas à sa faim, qui vit dans l'insalubrité, ne peut pas profiter pleinement de l'enseignement dispensé. De même, les parents qui n'ont pas appris à leurs enfants les rudiments de la politesse et du comportement en société ne permettent pas un bon déroulement de la classe. Que de temps perdu par les professeurs lorsqu'ils remplissent le rôle des parents ! Nous aborderons plus tard cette question essentielle des rapports parents/professeurs.
1. http://www.sgen-cfdt.org/actu/article1290.html 2. http://www.cafepedagogique.net/index2.php 3. Voir le livre de Marc Le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter !, Éditions Stock. Avril 2004.
L’École
française se porte mal ! Cette affirmation est partagée par un
nombre grandissant de personnes mais peu dépassent ce constat. Depuis
septembre, les candidats à la présidentielle lancent quelques pistes comme
la suppression de la carte scolaire ou dernièrement le temps de travail
des professeurs. Sans revenir en détail sur les erreurs commises par la
candidate socialiste, un passage de la désormais fameuse vidéo pose
problème : Si
nous admettons que l’apprentissage de la langue française nécessite
du temps, qu’il n’est jamais trop tard pour corriger une orthographe
et une grammaire défectueuse, l’essentiel ne doit-il pas être maîtrisé
à la fin de l’école primaire ? Il ne s’agit pas de déplorer
un mauvais travail des instituteurs qui rendrait la tâche des
professeurs du secondaire impossible mais de dénoncer les programmes
qui ont oublié que l’instruction primaire consiste à apprendre à
lire, écrire et compter. Le reste est certes important mais reste
conditionné par une maîtrise de la langue. Il est donc urgent de
redonner des heures pour l’enseignement du français. Ensuite, il
reste à définir les méthodes les plus efficaces. Ce sujet fait
l’objet d’une forte polémique depuis les circulaires ministérielles
contre la méthode globale.
Cette analyse sur la place centrale d’une rénovation de l’école
primaire a conduit des professeurs du primaire et du secondaire à
proposer une expérimentation pédagogique, le projet SLECC :
savoir lire, écrire, compter, calculer. Le détail de l’expérimentation
se trouve à l’adresse suivante : http://grip.ujf-grenoble.fr/spip/ 1.
Retranscription trouvée sur le blog
de J.-P.BRIGHELLI |