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L'ÉCOLE CATHOLIQUE AUJOURD'HUI Nous vous présentons sur cette page un dossier sur l'École catholique. La question de la place de l'Enseignement catholique dans le système scolaire français se pose depuis la création d'une École publique au XIXe siècle. Depuis les lois instaurant la gratuité donc l'obligation de l' enseignement primaire, l'École publique s'est en partie construite contre sa rivale catholique. Les articles et résumés de conférence que nous vous proposons ici traitent essentiellement de ce que doit être cette École, de ce que doit être son "caractère propre". La place de l'enseignement catholique dans le système scolaire français n'est pas abordé en détail dans cette page : pour un premier apperçu, se repporter à notre dossier sur la laïcité.
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La mission de l'École catholique. |
LA MISSION DE L'ÉCOLE CATHOLIQUE Résumé d'une conférence de Michel FAUQUIER, Agrégé d’histoire enseignant en Première supérieure et à l’Institut Albert-le-Grand. ********** Sur un plan strictement canonique, une école ne peut se dire catholique que si elle a reçu pour ce faire le « consentement de l’autorité ecclésiastique compétente », qui est le plus souvent l’évêque ou le supérieur d’Ordre. La mission propre de cette école est vitale pour des nations dont les références fondamentales, qu’elles le veuillent ou non, sont encore pour une part prépondérante inspirées par l’esprit évangélique : une société ne peut en effet vivre longtemps sans s’accorder sur la vision qu’elle a d’elle-même et donc de l’homme, en d’autres termes, elle ne peut continuer d’exister sans un humanisme auquel se rattacher. Le christianisme est encore implicitement cet humanisme dont nos sociétés occidentales se recommandent, ou du moins vis-à-vis duquel elles se positionnent. Il existe certes d’autres humanismes, mais ils produisent d’autres sociétés et nous cesserions d’être nous-mêmes en les adoptant, et prétendre bâtir une société en prenant de chaque humanisme ce qu’il a de meilleur, reviendrait à dire qu’on peut résoudre un problème en employant des logiques différentes. Un débat irréel : la question du caractère propre. C’est la Loi de Debré qui, faute de mieux et d’ailleurs légitimement, a forgé cette expression de « caractère propre ». Comment peut-on croire que le propre de l’école catholique puisse être autre chose que d’être catholique, puisqu’elle n’est pas la seule école en France ? Cette évidence est loin de s’imposer à tous, et quand on fait l’état des qualificatifs avancés par les directeurs des établissements catholiques pour caractériser leur école, on s’aperçoit que celui de la catholicité — quand il apparaît nettement et de façon non artificielle —, arrive loin derrière des arguments dont on ne saisit pas en quoi ils définissent un caractère propre, à moins de se faire une image fantasmagorique, et d’ailleurs insultante, de l’école publique : ainsi évoque-t-on tour à tour l’intérêt porté aux élèves, l’ouverture, le sérieux du suivi pédagogique et disciplinaire etc. Faut-il en déduire que l’enseignement public s’intéresse à tout sauf aux élèves, est fermé aux autres et peu fiable ? Faire régner une « atmosphère animée d’esprit évangélique ». Ce qui devrait donc caractériser un établissement catholique et ce qui constitue donc une part de sa mission, c’est d’être un espace où la règle de vie est celle de l’Evangile, un Evangile vécu qui cherche toujours ce qui fera grandir l’interlocuteur sans lui mentir sur ce qu’il est, a fait ou a omis de faire. En cela, la mission de l’école catholique est de réfléchir à des manières différentes de définir et d’appliquer les règles de vie en son sein, règles conçues comme préparatoires à la vie en société. On devrait donc s’apercevoir qu’on est dans un établissement catholique du simple fait de l’ambiance qui y règne. Autre conséquence de cette mission, l’école catholique doit avoir la volonté de s’ouvrir principalement à ceux qui ont besoin de son secours pour être enseignés L’autre composante particulière de la mission de l’école catholique est donc de préparer chacun à découvrir, accepter et réaliser sa vocation, étant entendu que c’est le propre de l’école catholique que d’envisager la réalisation pleine et entière de l’homme dans le cadre d’un appel que Dieu adresse à chacun. L’âme de l’école. Le premier apport de l’école catholique à la société consiste à aider chacun à mener une réflexion sur les fondements de l’éducation. Ce que l’école catholique rappelle c’est qu’une morale, aussi bonne soit-elle, ne tient pas par des principes ou une idéologie, mais seulement par une doctrine dont la source dépasse les intérêts de tel ou tel groupe et serve le bien de l’humanité en suscitant des initiatives en vue du bien commun et personnel, en justifie les sacrifices petits et grands — à commencer par ceux du quotidien —, en donnant du sens aux engagements et en transcendant les succès et les joies. Il appartient aux écoles catholiques, de montrer au monde en quoi l’enseignement de l’Eglise est bénéfique… même s’il est plus exigeant qu’on ne le voudrait souvent ! L’âme de la connaissanceL’école catholique a donc le devoir d’illuminer la connaissance qu’elle transmet à ceux qui la fréquente, de façon à leur donner une intelligence plus profonde et mieux équilibrée du monde dans lequel elle les prépare à entrer. Cette oeuvre suppose que l’école catholique, spécialement en France, relève le défi de la culture, en particulier en se posant la question de la façon de préparer aux examens et concours, tout en ne négligeant pas la dimension éducative. Cela suppose une réflexion sur le contenu de l’enseignement, sur sa forme, sur ses sources d’inspiration.
L’École libre est-elle encore catholique ? Notes prises lors d’une conférence de Frédéric Gautier, directeur diocésain de l’enseignement catholique de Paris. ********** Cette intervention est découpée en deux parties : le début est consacré à une redéfinition des termes du sujet et à une présentation des textes qui régissent l’école catholique ; la deuxième partie est consacrée aux questions de la salle. L’expression « Ecole libre » est une appellation qui date de la loi Falloux (1850). Elle désigne les écoles qui ne sont ni créées ni subventionnées par l’Etat. C’est cette appellation qui fut employée dans les années 1981-1984 lorsqu’il s’agissait de défendre la liberté de choix de l’école. L’école libre est alors perçue comme une alternative au monopole de l’Etat. C’est aujourd’hui l’appellation « école catholique » qui prévaut. Telle que la question est libellée « l’école catholique est-elle encore catholique », elle semble induire une réponse négative. Et chacun pourrait trouver de nombreux exemples qui montrent des insuffisances ou des contradictions avec sa conception personnelle de la « catholicité » de l’école, surtout en comparant les textes qui régissent l’école catholique et la réalité. Il y aura toujours un écart entre la description de ce que doit être l’école catholique et sa réalité. Cette approche nous condamne à ne rester que dans un jugement doctrinal extérieur sur une réalité complexe qui nous laissera toujours insatisfaits. Ce
n’est pas la bonne méthode : pour comprendre ce qu’est
l’école catholique, il faut comprendre
de l’intérieur la mission de l’école catholique en partant de la
définition de chacun des termes. Ces définitions s’appliquent aussi à l’école. L’école est catholique parce qu’elle est reconnue comme telle par l’évêque (canon 803). On notera que cette « catholicité » n’est pas un label qui viendrait sanctionner une qualité de type « ISO ». C’est une reconnaissance qui vient de l’extérieur du cadre scolaire : l’Eglise reconnaît alors que l’établissement participe à sa mission d’évangélisation. Davantage, même : elle l’envoie en mission par une « lettre de mission » donnée au chef d’établissement. Ainsi
donc l’école catholique participe à la mission d’évangélisation
de l’Eglise. Mais qu’est-ce qu’évangéliser ? L’école catholique, comme l’Eglise, a besoin d’entrer dans la dynamique de la « nouvelle évangélisation » voulue par le Saint-Père (au sens de nouvelle ferveur et nouvelle méthode). L’enseignement catholique n’est pas séparable l’Eglise dont il procède. Cette perspective est capitale pour analyser les défis à relever. C’est à la mesure de l’amour que l’on porte à l’Eglise que l’on est conscient de « porter un trésor dans un vase d’argile ». Ce doit être aussi à l’aune de notre amour de l’Enseignement Catholique que l’on doit s’y engager pour faire en sorte que l’Enseignement catholique devienne ce qu’il est : « Un lieu d’expérience ecclésiale et d’authentique apostolat » (Jean Paul II). Questions Pourquoi accueillir des élèves musulmans alors que leur religion interdit la conversion ? L’école peut-elle remplir sa mission d’évangélisation dans cette situation ? Un premier rappel : « évangéliser n’est pas convertir » (Madeleine Delbrêl). La conversion, la foi, sont des dons de Dieu. La difficulté d’annoncer Jésus Christ est aussi forte avec des catholiques qui ont oublié leur baptême. Les musulmans ont un profond respect de la parole divine, contrairement à certains catholiques devenus indifférents. Dans le diocèse de Paris, il n’y a pas eu de problème de « voile islamique ». Les élèves musulmanes nous disent qu’elles gardent leur foulard dans la rue pour s’affirmer dans un espace public qui ne reconnaît pas Dieu. En revanche, dans une école catholique perçue comme un lieu qui reconnaît la présence de Dieu, elles ne voient pas de difficultés à enlever leur foulard. Cette question de l’accueil d’élèves d’autres religions ne se résout pas seulement dans le principe général d’un accueil qui se fait par obligation légale ou par choix pastoral. Si la communauté chrétienne est dynamique, solide, l’accueil d’élèves d’autres confessions est possible. Si elle ne l’est pas, il existe un vrai risque de dilution de l’identité ecclésiale et de la conscience de la mission d’évangélisation. Il y a là aussi une question de prudence. Une nouvelle génération de professeurs, de la « génération Jean-Paul II », affirme une plus forte catholicité. Cependant, ils rencontrent des difficultés d’intégration face à des « anciens » qui n’ont pas cette volonté d’affirmer leur foi. Que faire ? Nous assistons en effet à l’effacement d’une génération qui a été longuement chahutée par une crise d’identité qui ne concernait pas seulement l’école. (C’est l’époque où nous entendions le raisonnement suivant : « Catholique veut dire universel, universel veut dire ouvert à tous, ouvert à tous veut dire non-confessionnel, donc catholique veut dire non-confessionnel »). La nouvelle génération est souvent à l’image de ce qu’a été le Saint-Père pendant tout son pontificat : ferme sur le plan doctrinal, animé d’une foi profonde, à l’aise avec la modernité et la société actuelle. Ce croisement de génération suscite parfois des incompréhensions et des frictions, notamment dans les lieux de formation. Face à cela, il ne faut pas rester dans l’amertume mais préparer l’avenir. L’enjeu éducatif et pastoral est énorme et l’amour de l’Eglise en mission nous donne de bons motifs de nous engager. « Le serviteur n’est pas plus grand que le Maître » (Jean 13 – 25). Quels sont les liens avec l’Etat ? Quels problèmes pose le nouveau statut des maîtres ? La dernière loi sur le statut des maîtres vient d’une volonté de sortir de l’ambiguïté dans le statut des suppléants et répond en particulier à la question juridique de la fin de leur contrat de suppléance. Certains suppléants portaient plainte devant la juridiction prud’homale pour « licenciement abusif ». Et les prud’hommes s’estimaient compétents dans la mesure où ils considéraient qu’il existe un contrat de travail de fait entre le maître et le chef d’établissement, puisque le maître est placé sous l’autorité du chef d’établissement, lequel est une personne de droit privé. Pour éviter d’avoir à verser ces indemnités, une loi a été votée qui affirme qu’il n’existe pas de lien contractuel entre le maître et l’établissement au sein duquel l’enseignement lui est confié, dans le cadre de l’organisation arrêtée par le chef d’établissement, dans le respect du caractère propre de l’établissement et de la liberté de conscience des maîtres. D’un point de vue économique, cette loi nous permettra (attendons la jurisprudence) de ne plus payer d’indemnités de rupture. D’un point de vue plus général, il y aurait beaucoup à en dire. Cette loi consacre une perspective qui pourrait faire de nos établissements des établissements catholiques d’enseignement public, en consacrant le lien hiérarchique des maîtres, pour l’enseignement, exclusivement du côté de l’Etat. Elle finira par ailleurs par poser la question de la nature de l’autorité du chef d’établissement sur les maîtres : Autorité au titre de la mission d’Eglise ou par délégation de service public ? Les deux à la fois sur le fondement de la loi Debré qui reconnaît le « caractère propre » ? Mais alors ne retombons-nous pas dans l’ambiguïté que nous avons voulu lever ? Faudra-t-il un jour clarifier le statut des chef d’établissement du côté d’une « délégation de service public » pour exercice de l’autorité sur des maîtres « agents publics de l’Etat » ? Fondamentalement, la perspective de la doctrine sociale de l’Eglise est tout autre : L’éducation n’est pas d’abord l’affaire de l’Etat qui ne doit intervenir qu’en subsidiarité. L’école catholique participe au bien commun de la nation. En formant des jeunes selon l’Evangile, elle ne forme pas de mauvais citoyens. C’est à ce titre qu’elle a droit au soutien financier de l’Etat. En d’autres termes, c’est parce qu’elle rend un service public qu’elle est en contrat avec l’Etat (ce qui est un acte de justice) et non parce qu’elle a un contrat avec l’Etat qu’elle rend un service public. (Ce qui équivaudrait à consacrer le monopole scolaire). En conclusion : Toujours catholique, notre école ? Oui par son lien avec l’Eglise, oui par sa mission, oui par sa volonté de lier dans son acte propre, l’instruction, l’éducation, l’évangélisation.
Résumé d'une conférence de Yann de Cacqueray, directeur d’un internat de garçons, privé sous contrat (du CE1 à la Terminale) ********** La mission de l’école est de propager la foi. La propagation de la foi dépend de l’Evangile. L’éducateur catholique donne ce qu’il a de meilleur : le Christ, l’Evangile et l’Eglise. On peut reprendre l’image de la pierre qui, jetée dans l’eau, produit des ronds concentriques. Plus le chrétien est proche du cœur de l’Eglise, plus il est missionnaire ; plus il s’en éloigne, plus le message s’affaiblit. L’école est le lieu où les parents délèguent leur autorité pour être assistés dans leur responsabilité d’éducateurs. Les parents étant les premiers éducateurs de leurs enfants, les enseignants relaient l’autorité parentale dans le respect de cette autorité. Dans une conception chrétienne, l’éducateur ne peut l’être que dans un enseignement libre. Et dans l’enseignement public ? Il peut l’être seulement par « accident ». Deux aspects principaux doivent alors l’inspirer : le caractère privé du témoignage et l’obligation de prudence. La mission est donc plus facile dans l’enseignement catholique. Mais il faut distinguer deux formes juridiques :
Or, on ne peut que constater de graves manquements à cette charte. D’abord l’abandon de la primauté du spirituel. En bien des établissements catholiques, on a refusé aux élèves d’assister à la retransmission de l’enterrement du pape… Ensuite, l’obéissance au Magistère. Le texte de référence est l’encyclique Divini illius magistri de Pie XI. Pour refuser l’obéissance au Magistère, les responsables d’établissement invoquent les contrats passés avec l’Etat. Or la loi Debré de 1959 a été une loi de sauvegarde. L’obligation de se conformer aux programmes de l’Education nationale n’est pas un obstacle au caractère propre de l’école catholique qui est formellement reconnu. En ce qui concerne l’éducation de la personne tout entière, le problème est celui de la formation des maîtres, car depuis les accords Lang-Cloupet l’enseignement catholique a abandonné une grande partie de cette formation (qui n’est donc plus spécifique). Enfin, l’ouverture à tous qui est proposée ne doit pas être prise dans le sens d’une obligation : elle est soumise à l’acceptation d’un projet. En conclusion, il faut que les parents se manifestent par une demande forte et insistante auprès des évêques. D’autant plus qu’il y a une énorme demande missionnaire chez les enfants, ce qui est très encourageant !
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