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YANNIK BONNET : Les neuf fondamentaux de l’éducation, Presses de la renaissance, 2002.

Ce livre s’adresse à tous les éducateurs, parents et enseignants. Le père Bonnet rappelle que les premiers et principaux éducateurs de l’enfant sont les parents. Les enseignants sont au service des parents pour « prolonger à l’école la tâche première de la famille ». Néanmoins, le contenu de ce livre s’applique parfaitement au métier de professeur et mériterait d’être enseigné dans les IUFM et autres centres de formation pour les professeurs.

L’ouvrage est partagé en deux grandes parties :

Généralités sur l’éducation : on trouve dans cette partie au titre vague une véritable définition de l’éducation, claire, pratique et réaliste.

Le projet éducatif : il s’agit là des neuf fondamentaux de l’éducation annoncés dans le titre, regroupés en trois chapitres, le développement de la personnalité, la socialisation de la personne,le sens de la vie ou la finalisation de la personne.

 

1ère partie : Généralités sur l’éducation

L’auteur commence par rappeler quelques principes anthropologiques : l’homme, donc l’enfant, dispose d’un libre-arbitre, conditionné par son milieu de vie, son caractère au sens génétique notamment son corps, et son histoire personnelle. Tout cela influe sur le libre-arbitre, mais ne le détermine pas. L’éducation consiste donc à « permettre à l’enfant de se servir de son libre-arbitre, en connaissant ses conditionnements, pour accéder au meilleur de lui-même ». L’éducateur tend donc à s’effacer peu à peu, jusqu’à ce que le jeune soit devenu capable de s’éduquer lui-même.

L’éducation est elle-même un conditionnement du libre-arbitre, mais pour mener l’enfant à une plus grande liberté et au bonheur. L’autorité, exercée par les moyens de la punition des fautes et la récompense des mérites, permettra à l’enfant de grandir (autorité vient du latin augere : augmenter, faire croître). L’éducateur doit à la fois éduquer, conduire hors des chemins de la facilité ce qui passe par une pression exercée sur l’enfant, et élever, faire grandir. Les deux armes de l’enseignant sont l’amour et la vérité, à doser de manière équitable pour éviter le laxisme par manque de vérité, et la dureté par manque d’amour.

Le libre-arbitre est formé de deux composantes : l’intelligence qui lui permet de chercher ce qui est bien, et la volonté qui lui permet de l’accomplir. C’est donc ces deux facultés que l’on devra développer chez l’enfant ; en y ajoutant la beauté, dont l’âme est assoiffée, il s’agira d’éduquer l’intelligence au vrai, la volonté au bien, l’âme au beau.

L’éducateur doit lui-même continuer à s’éduquer : sa mission est très exigeante et doit passer avant la satisfaction de son affectivité. Elle demande une grande maîtrise de soi, de ses émotions, car l’éducation ne se fera pas sans tensions. De plus, l’éducateur, s’il a obligation d’action, n’a pas obligation de résultats.Enfin, le résultat n’est pas toujours visible à court terme, ce sont parfois d’autres personnes qui le recueilleront, et l’éducation s’exerce sur un libre-arbitre qui, par définition, peut rejeter ce qui lui est donné. L’éducation est un don de soi, un acte désintéressé.

Dans un deuxième chapitre, l’auteur définit les règles de l’éducation, en se référant aux règles de toute action humaine, qui pour être efficace doit s’effectuer sur cinq niveaux :

la philosophie de l’action ; pour l’éducation, il s’agit des grands principes anthropologiques et moraux, notamment le réalisme (contraire de l’idéologie : partir de la nature humaine pour comprendre quels sont ses besoins) et la bienveillance.

la politique d’action, qui élabore un projet, définit les finalités. Pour l’éducation, l’auteur en distingue trois : développer la personnalité de l’enfant afin de le rendre responsable, permettre sa socialisation, et l’aider à former un projet de vie qui donne un sens à celle-ci.

la stratégie, qui prépare et organise l’action ; au collège, cela peut désigner la séparation du temps scolaire en cours de différentes matières, chacune devant faire grandir l’enfant dans les trois domaines cités ci-dessus.

la tactique adapte la stratégie aux situations concrètes : comment vais-je enseigner ma matière à des enfants de tel âge, de tel niveau, avec tel matériel…

l’action en elle-même, utilisation des techniques et des savoir-faire.

Un tel découpage est utile et permet de replacer notre tâche quotidienne dans un plan d’action plus large : les trois derniers niveaux nous sont bien connus, mais approfondir notre philosophie et notre politique d’action peuvent nous permettre de donner une cohérence à notre enseignement.

Le troisième chapitre démontre que le projet éducatif doit être universel, global, unitaire.

universel : il existe bien une nature humaine, commune à tous les hommes quelle que soit leur culture. Un véritable projet éducatif répond aux besoins de l’homme, et peut être facteur de concorde, de convivialité, d’amitié entre les peuples comme entre les personnes.

global : l’éducation ne peut se limiter à un seul domaine ; pour être efficace, elle doit être complète et s’adresser à toute la personne, dans son développement, sa socialisation, sa recherche d’un sens à donner à sa vie.

unitaire : ces trois domaines d’action se complètent. L’enfant trouve progressivement un sens à sa vie en développant sa personnalité propre, unique, et en apportant sa richesse à la société tout en profitant de celle apportée par les autres.

Enfin, l’auteur affirme que l’éducation requiert plus de vertus que de connaissances pointues : vertus de justice, de force, de prudence, de tempérance, tout un programme !

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2ème partie : Le projet éducatif

Chapitre 1 : Le développement de la personnalité

Beaucoup de problèmes de la société sont liés à un manque d’autonomie de nos contemporains, qui en fait des assistés, des personnes influençables, suivant tous les courants en étant incapables de décider par eux-mêmes. Ce manque d’autonomie est dû à un manque de confiance en soi et entraîne la peur de l’avenir et le stress.

 

Favoriser la confiance en soi

D’une part, il s’agit de neutraliser tout sentiment de dévalorisation, c’est l’aspect psychologique, très développé dans les boîtes à bac : « vous êtes les meilleurs ». Mais ce n’est pas suffisant, il faut aussi objectivement permettre à l’enfant d’acquérir une valeur réelle, expérimentée, concrète, fondée sur la réalité.

Chaque personne est pourvue de points forts et de points faibles. La stratégie la plus facile et la plus efficace est de développer les points forts, sans se polariser sur les points faibles (en veillant toutefois à ce qu’ils ne soient pas un handicap ou un frein au développement). En effet, le développement des points forts peut prendre appui sur le goût et l’aptitude de l’enfant. Cela demande bien évidemment une éducation à la persévérance, la rigueur, l’attention, qui aura des retombées sur les points faibles.

Aider l’enfant à connaître ses points forts se fait par le dialogue, dans une collaboration entre l’éduqué et l’éducateur. Par exemple, parler ensemble des différents métiers envisageables oblige à se demander quels sont les goûts et les aptitudes, et à chercher à développer celles-ci pour pouvoir un jour les mettre en œuvre dans un projet professionnel. De même, toutes les situations d’apprentissage, l’école, mais aussi les activités sportives, musicales, artistiques… sont révélatrices des points forts, que ce soit dans le caractère, les vertus morales, les dons, les goûts… Il est important dans tous ces domaines de pouvoir analyser avec l’enfant les échecs : s’il n’a pas su accomplir un projet, est-ce un défaut d’envie, de volonté, de préparation, d’aptitudes ? C’est par le dialogue raisonné que l’enfant saura en tirer des conclusions et des décisions pour l’avenir.

Pour donner confiance en soi, il faut donner un esprit de conquête : c’est en surmontant des difficultés, en se vainquant soi-même, qu’on prend confiance en soi. Un enfant qui aura réussi une épreuve difficile saura qu’il en est capable, et pourra dire objectivement : je vaux quelque chose, je sais faire ceci, j’ai déjà réussi cela, ce qui l’aidera à être autonome et à avoir confiance en l’avenir.

Tout ceci demande de la part de l’éducateur beaucoup d’exigence et de respect. Exigence, car l’enfant a besoin d’être stimulé, encouragé à faire mieux, à persévérer, pour voir ses aptitudes devenir de réelles compétences. Respect, car chaque enfant est unique et a des désirs, des modes de fonctionnement, qu’il faut apprendre à reconnaître et à accepter.

 

Former l’éduqué à la maîtrise de l’angoisse

L’angoisse fait partie de la nature humaine, en raison de notre mémoire, de notre patrimoine humain, de la certitude que nous avons d’être un jour confrontés à la mort. Cette angoisse est un signal, potentiellement un grand moteur d’action, mais, non maîtrisée, elle peut paralyser ou conduire à des comportements aberrants.

L’angoisse doit être analysée pour être maîtrisée, et l’éducation a cette mission à accomplir. L’angoisse est relative au sujet éduqué, elle est donc subjective mais, pour l’éduqué, ce senti est une réalité ; il vit objectivement une angoisse par elle-même subjective.

Reste à savoir et donc à analyser s’il y a ou s’il n’y a pas des causes objectives à cette angoisse, c’est-à-dire un danger potentiel réel à prendre en compte. Prendre en compte est d’abord un travail de discernement, puis une recherche de solution, enfin le déclenchement d’actions. L’angoisse n’a pas forcément disparu, mais elle n’est plus qu’un élément à côté d’autres qui ont fait dériver le sujet vers l’action et la réflexion, en mobilisant l’intelligence et la volonté. On a remis la personne humaine « en ordre », debout, en état de faire face à l’avenir… qui reste pourtant toujours incertain. On l’a préparé à la vie d’adulte, qui exige cette maturation affective.

 

Apprendre à l’éduqué l’usage de l‘autonomie

Toute personne est un jour responsable, et elle sera capable d’y faire face si elle a préalablement appris l’autonomie. Cette qualité indispensable à la vie d’adulte s’apprend très tôt, par l’exécution de tâches très simples qui deviennent peu à peu plus difficiles. L’autonomie n’est bien sûr pas de faire ce qu’on veut mais ce qu’on doit, dans des limites fixées.

L’autonomie de l’enfant pourrait sembler reposante pour l’éducateur, il n’en est rien : la progressivité de l’apprentissage implique un suivi de la part de l’éducateur, qui sera là pour accompagner, aider, encourager l’éduqué dans la réalisation des tâches qui lui sont confiées. Donner de l’autonomie à quelqu’un exige de la part de celui qui en donne une méthode rigoureuse. Par exemple, au collège, laisser l’enfant gérer son travail scolaire à la maison demande au professeur d’expliquer le travail, s’assurer qu’il est compris, expliquer sur quoi l’enfant sera évalué, préciser quand le contrôle aura lieu, donner un ordre de grandeur du temps nécessaire pour effectuer le travail… sans ces consignes précises, le professeur ne peut pas accuser l’enfant de manquer de rigueur dans son travail personnel.

L’apprentissage de l’autonomie nécessite la mise en pratique de la vertu de prudence : trop d’autonomie met en danger celui la reçoit comme celui qui la concède. Toute autonomie sera donc limitée dans le temps et dans l’espace, limitée aussi par les lois, des consignes ; lorsque la mission sera remplie, un bilan permettra de tirer des leçons des échecs. D’autre part, la sécurité exige le respect des limites, donc l’interdiction de les franchir. L’autonomie n’existe donc pas sans interdit ; la transgression des limites est une faute et exige une sanction, à ne pas confondre avec l’erreur qui n’est pas volontaire et résulte seulement de mauvais choix dans le cadre des limites.

Enfin, l’apprentissage de l’autonomie doit avoir lieu dans le respect d’une loi morale, ou au moins de permettre à chacun de grandir dans ce domaine : en effet, l’éducateur ne peut confier d’autonomie à quelqu’un qui ment en rendant compte de sa tâche ; d’autre part, l’éducateur reste responsable des enfants qui lui sont confiés, et doit être prêt à assumer les erreurs éventuelles commises lors de la réalisation d’une mission.

La capacité d’autonomie grandissant, l’enfant prendra confiance en lui et sera plus fort face aux angoisses. Les trois facettes du développement de la personnalité sont ainsi intimement liées.

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Chapitre 2 : La socialisation de la personne

4- L’acceptation des règles, contraintes et interdits.

Toute vie en société implique des règles, des lois dictées par le respect d’autrui. L’éducation doit donc permettre à l’enfant de s’intégrer dans cette société par l’acceptation imposée puis volontaire des contraintes. Pour cela, le plus tôt est le mieux : dés le berceau, l’enfant discerne si ses parents lui imposent leur volonté ou se plient à la sienne, en ce qui concerne les horaires des biberons par exemple. Plus les parents auront laissé libre cours aux caprices de l’enfant, plus il leur sera difficile de redresser la barre.

Si l’éducation ne doit pas être « libertaire », exaltant un usage sans frein du libre-arbitre, elle doit aussi éviter d’être «  rigide », étouffant le développement de la personnalité sous prétexte de respect des règles.

L’éducateur pourra expliquer peu à peu les raisons des limites imposées, sans donner pour autant l’impression de se justifier ; l’enfant apprendra ainsi à se fixer lui-même ses limites, et progressera dans l’autonomie.

 

5- La reconnaissance de l’autre

La vie en société, c’est la rencontre et la relation avec « l’autre », toujours différent. L’objectif de l’éducation est de permettre à l’enfant d’accepter sereinement la confrontation avec l’autre, confrontation qui engage à faire l’effort de connaître l’autre tel qu’il est. Naturellement, l’enfant cherchera soit à fuir, soit à rechercher la bagarre, soit encore à séduire, trois stratégies qui refusent la différence et traduisent la peur de l’autre.

La confiance en soi et la maîtrise de l’angoisse aideront à envisager sereinement cette différence. En effet, l’humble connaissance de soi permet d’éviter et les comparaisons et les jugements qui en découlent et faussent la relation humaine. La maîtrise de l’anxiété permet d’apprivoiser sa peur face à l’autre, et donc de l’aborder dans une attitude d’ouverture paisible.

L’éducation, plus que de faire accepter l’autre, devra amener l’éduqué à reconnaître que cette différence est une richesse. Cette propension à reconnaître l’autre comme un bien précieux ne peut être évidemment communiquée que par un éducateur qui la pratique lui-même, notamment à l’égard de l’éduqué.

Cet apprentissage de la reconnaissance, loin de la fade tolérance, formera des esprits libres, détachés du « actuellement correct », du consensus mou, libres d’être eux-mêmes en enrichissant la société de leur personnalité.

 

6- La participation au bien commun

Nul ne peut s’intégrer dans la société s’il ne participe pas au bien commun. Cela demande à nouveau un apprentissage, progressif, d’une action d’abord imposée, mais qui deviendra peu à peu volontaire et pourra devenir une règle de vie de l’éduqué devenu adulte. En famille, à l’école, la participation au bien commun passera par le service ; encouragements et compliments favoriseront l’envie de rendre service et la fierté d’avoir servi. Ce service ne se monnaye pas, il s’explique par la vertu de justice : l’enfant doit rendre service à sa famille car celle-ci lui donne l’amour et la sécurité dont il a besoin.

Afin que l’enfant se sente concerné par le bien commun, il faudra lui apprendre ce qu’est une société, ensemble de corps sociaux ayant chacun un rôle au service de l’autre. Il faudra aussi différencier les intérêts particuliers des personnes, l’intérêt commun, qui facilite la vie d’un ensemble de personnes, le bien particulier d’une cellule de la société chargée d’apporter une contribution spécifique à la vie de l’espèce humaine, et le bien commun, le même pour toutes les cellules de la société, qui consiste à fournir à ses membres des conditions de vie en son sein favorisant la quête universelle du bonheur.

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Chapitre 3 : Le sens de la vie, ou la finalisation de la personne

Les deux premiers chapitres développent les incontournables de l’éducation, les fondamentaux qui manquent si souvent chez nos contemporains restés de grands adolescents, « adulescents ». Pourtant, la conquête du bonheur nécessite de trouver un sens profond à sa vie. Ce sens est à chercher dans trois domaines : le travail, action de l’homme sur l’univers, l’amour du prochain, son semblable, amour de Dieu, Celui qui le dépasse, et auquel l’amènent toutes ses grandes questions existentielles.

 

7- Le travail peut-il donner un sens à la vie ?

Les éducateurs ont le devoir de vanter l’importance du travail et de témoigner de ce que le travail a apporté dans leur vie. En effet, actuellement, l’accent est souvent mis sur la pénibilité du travail, vu comme une « galère » à laquelle on ne peut malheureusement pas échapper. Or le travail est source d’enrichissement et peut aider toute personne à trouver un sens à sa vie. Source d’enrichissement car il permet à l’enfant de se connaître, de développer sa personnalité, de grandir dans l’autonomie, de contribuer au bien commun, il renforce sa sécurité psychologique et sa confiance en soi. Il donne un sens à la vie en ce qu’il permet à l’homme « d’humaniser le cosmos par l’œuvre accomplie », ce qui est la vocation de tout homme : « Soyez fécond, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la. » (Genèse 3)

Pour cela, le travail manuel est très efficace : il rend palpable cette œuvre, visible : l’enfant puis l’homme peut être fier de voir ce qu’il a fait, de se sentir directement utile ; le travail manuel l’aide aussi à se plier aux lois de la nature, lui apprend l’humilité et l’obéissance. N’oublions pas de valoriser le travail manuel auprès des enfants qui nous sont confiés, et pas seulement auprès de ceux qui en feront leur métier ; le travail manuel est particulièrement éducatif.

Quant au travail intellectuel, il peut garder un sens à condition que celui qui l’exerce puisse se sentir reconnu, en l’offrant à ceux qui le mettront en pratique ; il faut être attentif à déceler chez certains jeunes la tentation du travail intellectuel pour lui-même, qui est souvent orgueil et désir de domination, et conduit à la dépression, à l’impression de n’avoir rien fait de sa vie.

Enfin, il est important que les éducateurs montrent aux éduqués la nécessité d’une cohérence dans la vie : il n’y a pas d’un côté la vie professionnelle, d’un autre la vie sociale, d’un troisième la vie privée, d’un quatrième la vie religieuse… Pour enseigner cela, l’exemple est souverain.

 

8- L’amitié, l’amour vrai donnent un sens à la vie

Le fondement solide des relations entre les hommes est l’amour vrai, d’où la nécessité pour tout homme d’apprendre à aimer. Et tout d’abord à s’aimer soi-même, tel que l’on est, sans négliger de progresser, pour pouvoir aimer l’autre tel qu’il est. Cela est un apprentissage, autant que les fondamentaux développés ci-dessus, qui commence dés le plus jeune âge.

L’éducateur, parents en premier lieu, devront transmettre à l’enfant une vision complète de l’amour, en mettant les choses dans l’ordre, en haut l’esprit, au milieu l’âme sensible (les sentiments), en bas le corps.

Ils devront l’aider à mettre le corps à sa vraie place : « celle d’un bon serviteur qui mérite une hygiène de vie, et non celle d’une image chargée de révéler la personnalité », image du corps prédominante dans la société actuelle ; l’adolescence est évidemment un moment-clé de cette éducation.

Les sentiments devront être pris au sérieux, mais le jeune comprendra peu à peu que la vie affective est une réalité changeante, tributaire de l’imaginaire et de l’image que l’autre cherche, inconsciemment ou non, à donner de lui. L’amour vrai exige un don, avec ce que cela comporte de volonté, de gratuité et de perpétuité.

C’est tout cela que l’éducateur va devoir faire comprendre à l’enfant, en utilisant précisément les premières déceptions, les premiers chagrins causés par l’autre, mais aussi en lui faisant voir les dégâts liés à ses propres défaillances, ses propres trahisons.

L’enfant doit être incité à donner et à se donner pour découvrir la joie qu’il y a à donner et à se donner, joie encore supérieure à celle de recevoir.

Voila qui donne un sens à la vie et fait approcher du bonheur.

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9- Et Dieu, dans tout cela, a-t-il sa place ?

«  La fusée du bonheur a besoin d’une tête chercheuse. »

A la base, l’étage du travail, ordonné à la subsistance

Au delà de cette nécessité,l’amour du travail bien fait, le souci de la qualité de l’œuvre produite font grandir l’homme et contribuent à donner un sens à sa vie lorsqu’il prend conscience qu’il travaille pour l’humanité, lui, les autres, sa famille.

Ceci l’entraîne à constituer des relations avec les autres, fondées sur le don de soi, l’amour vrai, l’amitié.

Mais l’amour humain révèle vite ses limites : blessures, séparations, mort… l’homme aspire à une histoire d’amour qui ne finisse jamais, ce qu’un autre être humain est incapable de lui donner.

De plus, tout homme se pose un jour les grandes questions concernant l’origine de la vie, du mal, la mort, l’existence de Dieu… Les enfants y sont vite confrontés, à l’occasion d’un deuil, par exemple, qui les laissera angoissés tant qu’on ne prendra pas leurs interrogations au sérieux. « Les enfants posent des questions trop cruciales pour qu’on les prive de la réponse chrétienne, a fortiori dans notre monde occidental. » La foi est un don de Dieu, on ne cherchera pas à l’imposer, mais il est important d’informer, sur toutes les religions et particulièrement sur celle qui a fait notre culture occidentale et qui, selon le témoignage de l’auteur, est une « réponse cohérente, actuelle et universelle aux questions de l’homme » ; il est important de préparer le terrain, pour que l’enfant puisse dire un jour « je crois » en toute liberté.

Conclusion : « Celui que nous éduquons a son libre arbitre, et à ceci nous ne pouvons rien. En revanche, si nous n’avons pas obligation de résultats, nous avons une obligation d’action éducative qui s’articule de façon harmonieuse au travers de ces trois domaines : développement de la personnalité, socialisation de la personne, sens de la vie. […] Ce faisant, nous poursuivrons notre propre éducation, découvrant qu’en élevant les autres, ils nous obligent à nous élever.  Et le jeu en vaut la chandelle ! »

 

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