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 LE BILAN DE GILLES DE ROBIEN

Editorial : Des réformes bienvenues
Article:
Inspirations et blocages d'une réforme

Des réformes bienvenues.

Dans quatre mois, nous aurons choisi notre nouveau Président de la république. Les réformes entreprises par l'actuel ministre de l'Éducation, Gilles de Robien, ne seront donc pas nécessairement poursuivies. Pourtant, l'action menée pour redonner toute sa place à l'enseignement des bases de la lecture, de l'écriture et du calcul est plus que nécessaire. Il est certain que les dirigeants des principaux syndicats de l'Éducation nationale ainsi que nombre d'IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux) et de spécialistes des « sciences de l'éducation » ont vu leurs convictions bousculées. C'est là le grand mérite de Gilles de Robien. Néanmoins, tout cela est-il efficace et durable ? Examinons tout d'abord quelques réactions.

Dans un communiqué de presse du 11 janvier 20071, le SGEN-CFDT dénonce la stigmatisation des enseignants :

« Après l’apprentissage de la lecture, après le calcul et les quatre opérations, le ministre de l’Éducation demande désormais aux enseignants du 1er et du 2nd degré de pratiquer l’enseignement de la grammaire !
Pour le Sgen-CFDT, cette frénésie de mesures de pseudo bon sens devient scandaleuse. C’est laisser croire que les enseignants n’ont aucune notion de ce qu’ils doivent faire pour amener leurs élèves à la réussite. Cette forme de stigmatisation devient insupportable.
Rappelons au passage, au ministre, qu’il existe des programmes, des horaires... qu’il semble ignorer allègrement. »

Dans son éditorial du 24 janvier 2007, le Café Pédagogique2 aborde la circulaire sur le calcul :

« Théorie invérifiée, choix contestable, décision prématurée, ce n'est à vrai dire pas la première circulaire Robien qui cumule ces reproches. La grande force de ce texte c'est de s'appuyer sur deux revendications fortes des parents.
D'abord l'angoisse des parents devant le risque d'échec scolaire. [...]
La seconde revendication est celle de la personnalisation. En effet les rythmes d'apprentissage des enfants sont différents, même si à l'arrivée l'écart d'acquisition n'est pas forcément important. [...]
Appuyée sur ces attentes parentales, la circulaire Robien apparaît une nouvelle fois comme un objet politique. On peut craindre qu'elle aggrave la méfiance entre le monde enseignant et les parents. »

La méthode, autoritaire, du ministre est donc dénoncée, ainsi que l'aspect politique de sa démarche. Il peut paraître paradoxal de trouver autoritaire les instructions données par un ministe aux fonctionnaires qui dépendent de son autorité. Gilles de Robien a constaté les piètres résultats des méthodes d'apprentissage dispensées depuis ces dernières années et impose, en conséquence, des changements. Le rôle du politique n'est-il pas de trancher un débat, de choisir une voie à suivre ? En remplissant son rôle, le ministre est accusé de stigmatisé les enseignants, de mépriser leur travail. Les enseignants seraient alors responsables voire coupables ! Nous pouvons déterminer plusieurs facteurs expliquant la crise de l'école.

Le premier facteur est celui des textes de toutes sortes qui donnent (ou imposent) les méthodes pédagogiques et le programme. Si de nombreux professeurs ont pu sourire aux demandes ministérielles sur la place à accorder à l'enseignement de la grammaire, c'est parce qu'ils n'ont pas cessé de l'enseigner d'une manière explicite, ce qui leur semblait le plus efficace, le plus juste. Ils étaient néanmoins hors-la-loi, ou au minimum hors programmes officiels. Pour la plupart, cacher leur pratique lors d'une inspection fut une nécessité pour ne pas nuire à leur carrière ! Après avoir constaté les ravages de ces méthodes, d'autres ont ouvertement refusé d'appliquer les instructions officiels, au détriment de leur carrière3. La majorité des enseignants a cependant suivi ces directives, ce qu'il est possible de regretter. Nous approchons dans ce cas le deuxième facteur explicatif.

Quand un professeur du secondaire se plaint que ses élèves ne savent pas lire ou écrire sans faire une faute à chaque mot, il ne dénonce pas l'incompétence de son collègue instituteur. Le problème vient des programmes qui ont imposé la diminution du nombre d'heures consacrées à l'enseignement de la grammaire ou de l'orthographe. L'enseignant qui a suivi les programmes et autres instructions officielles n'a donc fait que son travail et ne doit pas se sentir stigmatisé lors de la remise en cause de ces textes. En revanche, seule une minorité (mais il est malhonnête de nier cette réalité) peut être accusée de mal faire son travail. Les « mauvais profs » ne sont pas une invention d'hypothétiques ennemis de l'école ! Un professeur sait très bien quand, dans la classe de madame X ou de monsieur Y, le cours ne se passe pas correctement. Nous ne penson pas que les circulaires ministérielles traitent de ce sujet. Le problème est ici celui du recrutement et de la formation des professeurs.

Le dernier facteur est l'élève lui-même, « l'apprenant » pour les spécialistes des sciences de l'éducation et ses parents, les fameux « géniteurs d'apprenant ». Il ne s'agit pas de dénoncer la démission des parents mais de prendre en compte le contexte dans lequel évolue l'École. Un enfant qui ne mange pas à sa faim, qui vit dans l'insalubrité, ne peut pas profiter pleinement de l'enseignement dispensé. De même, les parents qui n'ont pas appris à leurs enfants les rudiments de la politesse et du comportement en société ne permettent pas un bon déroulement de la classe. Que de temps perdu par les professeurs lorsqu'ils remplissent le rôle des parents ! Nous aborderons plus tard cette question essentielle des rapports parents/professeurs.

 

1. http://www.sgen-cfdt.org/actu/article1290.html

2. http://www.cafepedagogique.net/index2.php

3. Voir le livre de Marc Le Bris, Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter !, Éditions Stock. Avril 2004.

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Inspirations et blocages d'une réforme de l'Education Nationale.


Gilles de Robien a tenté ce qui semble impossible, une réforme de l'Education Nationale, très largement considérée comme nécessaire. Le bilan mitigé de son action peut nous permettre de réfléchir sur les principaux blocages du système et sur ce qu'il a réalisé pour les dépasser.
Ce ministre a eu l'immense mérite de casser un certain nombre de tabous. Sortant de la médiocrité gestionnaire de ses prédécesseurs il a su insister sur l'enjeu essentiel de la pédagogique. Ses méthodes d'agitation propagande lui ont permis de légitimer et de faire connaître tout le courant des antipédagogistes qui refusent que l'école devienne un lieu d'animation citoyenne où les élèves construiraient des savoirs approximatifs et manipulables. Il s'est appuyé pour légitimer ses discours sur un ensemble d'associations comme "sauver les lettres" et "sauver les maths" ou "sos-éducation", d'experts comme Laurent Lafforgue ou Alain Bentolila, mais aussi sur l'expérience concrète de très nombreux parents ou de jeunes professeurs qui publient pour dépasser leur impuissance devant les persécutions comme Rachel Boutonnet.
Dans la guerre des pédagogies, Gilles de Robien s'est opposé aux apparatchiks soixante-huitards qui suivent le modèle de Philippe Meirieu et utilisent les IUFM pour contraindre les jeunes enseignants à oublier le cours magistral et l'apprentissage syllabique de la lecture.
Son premier mérite est d'avoir utilisé sa fonction pour donner une voix à la masse muette de ceux qui souffrent du pédagogisme ambiant.
Il a ensuite cherché a modifier la pédagogie officielle en reprenant les idées des associations anti-pédagogistes : retour à la méthode syllabique, réforme de l'enseignement du calcul et de la grammaire. Suivant le principe républicain exposé par Yves Marie Adeline, il lui a fallu un immense effort pour essayer de revenir en partie sur la grammaire à l'occasion et l'ORL des textes mis en place en 2002 par les pédagogistes qui envahissent les instances éducatives.
L'échec de la mise en œuvre de ces réformes annoncées est en lui même très significatif. Les différents acteurs du système pédagogiste ont montré leur parfaite solidarité : pétition de directeurs d'IUFM dans le Monde, syndicats d'enseignants et d'inspecteurs qui disent qu'ils refusent d'appliquer la réforme et préfèrent les textes précédents, articles plaintifs de pauvres enseignants persécutés par les parents qui ont l'outrecuidance de s'informer de la méthode utilisée par les instituteurs.
C'est à l'intérieur du système que les résistances sont les plus fortes, tant de la part de professeurs qui reculent devant la masse de travail que représente un changement de méthode que des inspecteurs, qui sont maintenant formatés par un concours et une Ecole Nationale des Inspecteurs. Dans l'armée à la Potemkine qu'est l'Education nationale, organisé pour pousser les gens à tricher et à mentir, ce sont les textes qui sont le paravent de tous les mensonges et la protection de tous les immobilismes; Gilles de Robien en avait demandé de nouveaux, et l'administration les a rédigés de telle manière que d'après Ghislaine Wettstein-Badour, ils encouragent les méthodes de lecture a départ global et rendent plus difficile le travail des instituteurs résistants.
Ce sont les partisans les plus résolus de la contrainte pédagogiste, un formateur de formateurs, Goigoux, et un inspecteurs Frackoniak, qui ont symbolisé cette résistance. Menacés d'être blâmés pour avoir publiquement désobéi, ils ont été soutenus par une grève administrative des subordonnés directs du ministre. Celui ci, ne pouvant plus transmettre aucun ordre à son administration, a été obligé de renoncer à ses sanctions.
Les pédagomanes ont donc montré qu'ils pouvaient désobéir sans aucun risque et continuer à persécuter des professeurs qui veulent simplement exercer leur liberté et aller dans le sens des réformes de bon sens défendues par leur ministre.
Les réformes se heurtent donc à un blocage institutionnel. L'Education nationale qui semble être une armée napoléonienne où de zélés fonctionnaires obéissent sans réfléchir aux injonctions ministérielles est en fait une usine anarchique où chacun accomplit sa tâche sans pouvoir ni vouloir la faire évoluer. C'est le principe d'une organisation administrative dirigée d'en haut qui rend très difficile une réforme. Vouloir passer d'une contrainte pédagogiste à une contrainte en sens inverse était sans doute une erreur qui a paradoxalement pu faire passer la gauche pédagogiste pour le camp de la liberté pédagogique.
Le libre choix des méthodes par les enseignants va avec celui des écoles par les parents et avec une évaluation qui tienne compte des résultats des élèves. Il correspond a un désir de subsidiarité répandu chez les enseignants qui veulent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe à l'école et chez les chefs d'Etablissement qui revendiquent plus de liberté : voir l'appel contre l'injustice scolaire.
Une réelle démocratisation du système passe aussi par une intervention sur le contenu des programmes. La méthode actuelle les confie a des commissions d'enseignants et d'universitaires nommés dans l'opacité par le ministère, ce qui aboutit à des polémiques sauvages telles que le débat sur les mérites de la colonisation. La présence de parlementaires et de délégués de la société civile parmi les rédacteur des programmes et la publication de leurs interventions permettrait de faire connaître les enjeux et les manipulations qui entourent la définition de ce que l'Education Nationale cherche à transmettre.

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