| Transformation
du système social
LINGUET
: un théoricien des lumières compare le sort des manouvriers
en système libéral et celui des serfs attachés à
la terre sans pouvoir en être chassés.
Les manouvriers ne sont point déshonorés par les couleurs
brillantes du luxe : ils gémissent sous les haillons dégoûtants
qui sont la livrée de l'indigence. Ils n'ont jamais de part à
l'abondance dont leur travail est la source. La richesse semble leur faire
grâce, quand elle veut bien agréer les présents qu'ils
lui font... Elle leur prodigue le mépris le plus outrageant...
Ce sont là des domestiques qui ont vraiment remplacé les
serfs parmi nous : c'est, sans contredit, une très nombreuse, et
la plus nombreuse portion de chaque nation. Il s'agit d'examiner quel
est le gain effectif que lui a procuré la suppression de l'esclavage.
Je le dis avec autant de douleur que de franchise : tout ce qu'ils y ont
gagné, c'est d'être à chaque instant tourmentés
par la crainte de mourir de faim, malheur dont étaient du moins
exempts leurs prédécesseurs dans ce dernier rang de l'humanité...
Il est libre, dites-vous ! Eh ! Voilà son malheur. Il ne tient
à personne, mais personne ne tient à lui. Quand on en a
besoin, on le loue au meilleur marché que l'on peut... il est libre
! C'est pré-cisément de quoi je le plains. On l'en ménage
beaucoup moins dans les travaux auxquels on l'applique. On en est plus
hardi à prodiguer sa vie. L'esclave était précieux
à son maître en raison de l'argent qu'il avait coûté.
(...) Les journaliers naissent, croissent et s'élèvent pour
le service de l'opulence, sans lui causer les moindres frais.... ; la
facilité de les remplacer nourrit l'insensibilité du riche
à son égard (...) qui ne sent que le sort du serf était
infiniment préférable à celui de nos manouvriers
? Ceux-ci, dit-on, n'ont point de maîtres (...) ils en ont un, et
le plus terrible, le plus impérieux des maîtres : c'est le
besoin (...). Ils ne sont pas aux ordres d'un homme en particulier, mais
à ceux de tous en général (...). A quoi-se réduit
pour eux cette liberté apparente ... ? Ils ne subsistent que du
loyer de leurs bras. Il faut donc trouver à qui les louer, ou mourir
de faim. Est-ce là être libre ? Plus le journalier est pressé
par le besoin, plus il se vend à bon mar-ché (...). Les
despotes momentanés lui donnent bien moins de quoi prolonger sa
vie, que de quoi retarder sa mort.
C'est sans doute un des plus étonnants et des plus heureux effets
de la Providence, que le désespoir ne fasse pas tourner la tête
à cette multitude immense de créatures humaines.
LINGUET Simon Nicolas Henri (1736-1794) Théorie des lois civiles
ou principes fondamentaux de la société 1767. Fayard 1984.
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SIEYES
: Le Tiers Etat accomplit toutes les tâches pénibles et ne
profite de rien.
"Le fondement de toute souveraineté réside essentiellement
dans la nation".
Le plan de cet écrit est simple. Nous avons trois questions à
nous poser
10 Qu'est-ce que le tiers état ? Tout.
2° Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans
l'ordre politique? Rien. 3° Que demande-t-il? A y devenir quelque
chose.
Que faut-il pour qu'une nation subsiste et prospère ? Des travaux
particuliers et des fonctions
publiques.
On peut renfermer dans quatre classes tous les travaux
(...) Outre ces trois classes de citoyens laborieux et utiles qui s'occupent
de l'objet propre à la consommation et à l'usage, il faut
encore dans une société une multitude de travaux particuliers
et de soins direc-tement utiles ou agréables à la personne.
Cette quatrième classe embrasse depuis les profession scientifiques
et libérales les plus distinguées, jusqu'aux services domestiques
les moins estimés. Tels sont les travaux qui soutiennent la société.
Qui les supporte? Le tiers état.
Les fonctions publiques peuvent également, dans l'état actuel,
se ranger toutes sous quatre dénomina-tions connues, l'Epée,
la Robe, l'Eglise et l'Administration. Il serait superflu de les parcourir
en détail, pour faire voir que le tiers état y forme partout
les dix-neuf vingtièmes, avec cette différence qu'il est
chargé de tout ce qu'il y a de vraiment pénible, de tous
les soins que l'ordre privilégié refuse d'y remplir. Les
places lucratives et honorifiques seules y sont occupées par des
membres de l'ordre privilégié.
(...) Il suffit ici d'avoir fait sentir que la prétendue utilité
d'un ordre privilégié pour le service public n'est qu'une
chimère ; que sans lui, tout ce qu'il y a de pénible dans
ce service est acquitte par le tiers ; que sans lui, les places supérieures
seraient infiniment mieux remplies ; qu'elles devaient être naturellement
le lot et la récompense des talent s et des services reconnus ;
et que si les privilégiés sont parvenus à usurper
tous les postes lucratifs et honorifiques, c'est en même temps une
iniquité odieuse pour la généralité des citoyens
et une trahison pour la chose publique.
Qui donc oserait dire que le tiers état n'a pas en lui tout ce
qu'il faut pour former une nation complète? Il est l'homme fort
et robuste dont un bras est encore enchaîné. Si l'on ôtait
l'ordre privilégié, la nation ne
Sieyès, Qu'est-ce que le tiers état ? mai 1789. PU.F 1982
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Les
discours de LOUIS XVI
Méfiance envers la
philosophie
Prenons-y garde, nous aurons peut-être un jour à nous reprocher
un peu trop d'indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions (...).
La philosophie trop audacieuse du siècle a une arrière-pensée
(...)
Louis XVI, Lettre à M. de Malesherbes le 13 décembre 1786
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LOUIS
XVI : La réponse au serment du jeu de paume et les projets de réforme
royale
Séance royale des Etats généraux du 23 juin 1789.
1. Déclaration du roi, concernant la présente tenue des
Etats-Généraux.
2. Article I. Le Roi veut que l'ancienne distinction des trois ordres
de l'Etat soit conservée en son entier, comme essentiellement liée
à la constitution de son royaume ; que les députés,
librement élus par chacun des trois ordres, formant trois chambres,
délibérant par ordre, et pouvant, avec l'approbation du
souverain, convenir de délibérer en commun, puissent seuls
être considérés comme formant le corps des représentants
de la nation. En conséquence, le Roi a déclaré nulles
les délibérations prises par les députés de
l'ordre du Tiers Etat, le 17 de ce mois, ainsi que celles qui auraient
pu s'ensuivre, comme illégales et inconstitutionnelles....
VI. Sa Majesté déclare que, dans les tenues suivantes d'Etats
Généraux, elle ne souffrira pas que les cahiers ou les mandats
puissent être jamais considérés comme impératifs:
ils ne doivent être que de simples instructions confiées
à la conscience et à la libre union des députés
dont on aura fait choix....
Seront nommément exceptées des affaires qui pourront être
traitées en commun, celles qui regardent [
], droits antiques
et constitutionnels des trois ordres, la forme de constitution à
donner aux prochains Etats-Généraux, les propriétés
féodales et seigneuriales, les droits utiles et les prérogatives
honorifiques des deux premiers ordres.
IX. Le consentement particulier du clergé sera nécessaire
pour toutes les dispositions qui pourraient intéresser la religion,
la discipline ecclésiastique, le régime des ordres et corps
séculiers et réguliers... .Accueil
2. Déclaration
des intentions du roi.
Article I. Aucun nouvel impôt ne sera établi, aucun ancien
ne sera prorogé au-delà du terme fixé par les lois,
sans le consentement des représentants de la nation.
II. Les impositions nouvelles qui seront établies, ou les anciennes
qui seront prorogées, ne le seront que pour l'intervalle qui devra
s'écouler jusqu'à l'époque de la tenue suivante des
Etats-Généraux.
V. Le tableau des revenus et des dépenses sera rendu public chaque
année...
VI. La sommes attribuées à chaque ministère seront
déterminées d'une manière fixe et invariable, et
le roi soumet à cette même règle générale
les fonds mêmes qui sont destinés à l'entretien de
sa maison.
IX. Lorsque les dispositions formelles annoncées par le clergé
et la noblesse, de renoncer à leurs privilèges pécuniaires,
auront été réalisées par leurs délibérations,
l'intention du roi est de les sanctionner, et qu'il n'existe plus, dans
le paiement des contributions pécuniaires, aucune espèce
de privilèges ou de dis-tinctions..
XII. Toutes les propriétés sans exception seront constamment
respectées....
XV Le roi désirant assurer la liberté individuelle de tous
les citoyens d'une manière solide et durable, invite les Etats-Généraux
à chercher et à lui proposer les moyens les plus convenables
de concilier l'abolition des ordres connus sous le nom de lettres de cachet,
avec le maintien de la sûreté publique....
XVI. Les Etats Généraux examineront et feront connaître
à sa Majesté le moyen le plus convenable de concilier la
liberté de la presse avec le respect dû à la religion,
aux moeurs et à l'honneur des citoyens.
XXXIV Le roi veut que toutes les dispositions d'ordre public et de bienfaisance
envers les peuples, que Sa Majesté aura sanctionnées par
son autorité pendant la présente tenue des Etats-Généraux,
celles entre autres relatives à la liberté personnelle,
à l'égalité des contributions, à l'établissement
des Etats pro-vinciaux, ne puissent jamais être changées
sans le consentement des trois ordres, pris séparément ;
Sa Majesté les place à l'avance au rang des propriétés
nationales... .Accueil
LOUIS
XVI : Des intentions généreuses lors de la fête de
la fédération.
(...) Redites à vos concitoyens que j'aurai voulu leur parler à
tous, comme je vous parle ici ; redites-leur que leur roi est leur père,
leur frère, leur ami, qu'il ne peut être heureux que de leur
bonheur, grand que de leur gloire, puissant que de leur liberté,
riche que de leur prospérité, souffrant que de leurs maux
; faites surtout entendre les paroles ou plutôt les sentiments de
mon cceur, dans les humbles chaumières et dans les réduits
des infortunés ; dites-leur que si je ne puis me transporter avec
vous dans leur asile, je veux y être par mon affection et par les
lois protectrices du faible, veiller pour eux, vivre pour eux, mourir
s'il le faut pour eux. Dites enfin aux différentes provinces de
mon royaume, que plus tôt les circonstances me per-mettront d'accomplir
le voeu que j'ai formé de les visiter avec ma famille, plus tôt
mon coeur sera content.
Louis XVI, Discours à la nation lors de la fête de la fédération,
le 14 juillet 1789. .Accueil
Louis XVI
: le refus de faire couler le sang
(...) Il faut une âme atroce pour verser le sang de ses sujets,
pour opposer une résistance et amener une guerre civile en France.
Il me fallait le cur de Néron et l'âme de Caligula...
Louis XVI, Lettre à M. de Bouillé, le 3 juillet 1791. .Accueil
Les réformes politiques de l'Assemblée
Nationale
SIEYES
: Différence radicale entre le système représentatif
et la démocratie directe
Différence
entre participation directe et indirecte
Cependant vous ne pouvez pas refuser la qualité de citoyen, et
les droits du civisme, à cette multitude sans instruction, qu'un
travail forcé absorbe en entier. Puisqu'il doivent obéir
à la loi tout comme vous doivent aussi concourir à la faire.
Ce concours doit être égal.
Il peut s'exercer de deux manières. Les citoyens peuvent donner
leur confiance à quelques-uns d'entre eux. Sans aliéner
leurs droits, ils en commettent l'exercice. C'est pour l'utilité
commune qu'ils se nomment des représentants bien plus capables
qu'eux-mêmes de connaître l'intérêt général,
et d'interpréter à cet égard leur propre volonté.
L'autre manière d'exercer son droit à la formation de la
loi, est de concourir soi-même immédiatement à la
faire. Ce concours immédiat est ce qui caractérise la véritable
démocratie. Le concours médiat désigne le gouvernement
représentatif. La différence entre ces deux systèmes
politique est énorme. .Accueil
La
France ne doit pas être une démocratie, mais un régime
représentatif
Le choix entre ces deux méthodes de faire la loi, n'est pas douteux
parmi nous.
D'abord, la très grande pluralité de nos concitoyens n'a
ni assez d'instruction, ni assez de loisir, pour vou-loir s'occuper directement
des lois qui doivent gouverner la France ; ils doivent donc se borner
à se nom-mer des représentants.
(...) La France n'est point, ne peut pas être une démocratie
; elle ne doit point devenir un Etat fédé-ral,composé
d'une multitude de républiques, unies par un lien politique quelconque.
La France est et doit être un seul tout, soumis dans toutes ses
parties à une législation et à une administration
communes. Puisqu'il est évident que cinq à six millions
de citoyens actifs, répartis sur plus de vingt-cinq mille lieues
carées, ne peuvent point s'assembler, il est certain qu'ils ne
peuvent aspirer qu'à une législature par repré-entation.
.Accueil
Les
citoyens ne transmettent pas des volontés mais choisissent des
hommes
Donc les citoyens qui se nomment des représentants, renoncent et
doivent renoncer à faire eux-mêmes immédiatement la
loi: donc ils n'ont pas de volonté particulière à
imposer. Toute influence, tout pouvoir leur appartiennent sur la personne
de leurs mandataires ; mais c'est tout. S'ils dictoient des volon-tés,
ce ne seroit plus cet état représentatif ; ce seroit un
état démocratique.
(...) Vous ne devez pas vouloir (...) qu'un député de tous
les citoyens du royaume écoute le voeu des seuls habitants d'un
bailliage ou d'une municipalité, contre la volonté de la
nation entière. Ainsi, il n'y a, il ne peut y avoir pour un député,
de mandat impératif, ou même de voeu positif, que le voeu
national....
(...) Il est donc incontestable que les députés sont à
l'Assemblée nationale, non pas pour y annoncer le voeu déjà
formé de leurs commettants directs, mais pour y délibérer
et y voter librement d'après leur avis actuel, éclairé
de toutes les lumières que l'assemblée peut fournir à
chacun. .Accueil
L'assemblée
lieu d'élaboration de la volonté générale
(...) Ainsi, il n'y a, il ne peut y avoir, pour un député,
de mandat impératif, ou même de voeu positif, que le voeu
national ; il se doit aux conseils de ses commettants directs, qu'autant
que ces conseils seront conformes au voeu national. Ce voeu, où
peut-il être, où peut-on le reconnaître, si ce n'est
dans l'Assemblée nationale elle-même?
(...) Il ne s'agit pas ici de recenser un scrutin démocratique,
mais de proposer, d'écouter, de se concerter, de modifrer son avis,
enfin de former en commun une volonté commune. La décision
n'appartient et ne peut appartenir qu'à la Nation ensemble. Le
peuple ou la nation ne peut avoir qu'une voix, celle de la légis-lation
nationale. Emmanuel Joseph (ex) Abbé Sieyès : Discours à
l'Assemblée constituante le 7 septembre 1789 sur la question du
veto royal. Accueil
Une autre citation
-La confiance vient d'en bas et le pouvoir vient d'en haut.
Après
la Révolution
TALLEYRAND : réorganiser l'Europe autour
du principe de légitimité
Je parle en général de la légitimité des gouvernements,
quelle que soit leur forme, et non pas seu-lement de celle des rois, parce
qu'elle doit s'entendre de tous. Un gouvernement légitime, qu'il
soit monar-chique ou républicain, héréditaire ou
électif, aristocratique ou démocratique, est toujours celui
dont l'exis-tence, la forme et le mode d'action sont consolidés
et consacrés par une longue succession d'années, et je dirais
volontiers par une prescription séculaire. La légitimité
de la puissance souveraine résulte de l'antique état de
possession, de même pour les particuliers la légitimité
du droit de propriété. Pierre Benazet, Anthologie de la
pensée politique dans le monde, p 492 .Accueil
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