Dictature et résistance sous Napoléon
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La Maisonfort, résistant royaliste, rentré d'émigration, échappe de peu au peloton d'exécution.
Restrictions à la liberté de la presse.
Un gouvernement centralisé : Lucien Bonaparte s'adresse aux préfets.
Une organisation secrète de résistance catholique et royaliste : une police omniprésente, serment de renverser Napoléon, diffusion de d'excommunication de celui-ci, la police face à une résistance chrétienne.
Une organisation secrète de résistance catholique et royaliste
Une police omniprésente dirigée par Fouché?
On se fatiguait du régime despotique, arbitraire, investigateur et souvent sanglant que le pouvoir impérial imposait à la France. Toutes les classes de la société étaient soumises à une surveillance incessante de la police, on répétait qu'une conversation entre trois personnes ne pouvait pas avoir lieu sans qu'elle en fût instruite. Le ministre de la Police Fouché me disait un jour que cette croyance n'avait pas le sens commun, et que quand je causais avec deux de mes amis en tête à tête, il ignorait complètement ce que nous avions pu dire, mais que cette croyance répandue, tout absurde qu'elle était, était fort bonne en elle-même.
Serment de renverser Napoléon

Un soir j'avais réuni quatre de mes amis, mon frère Bénigne, le marquis de Vibraye, le comte Alexis de Noailles, le comte de Solages, mon beau-frère, et après avoir rappelé les souffrances de notre patrie dont nous nous entretenions souvent, je leur proposai de nous engager par serment à employer tous nos moyens et tous nos efforts pour amener plus tôt ou plus tard la chute du Colosse. Ce serment fut fait ; Hippolyte de Solages ne put s'empêcher de dire : " On rirait bien, si l'on connaissait la résolution que cinq individus isolés viennent de prendre de renverser la puissance du Grand Homme. " Je lui répondis avec quelque chaleur que je ne doutais pas que Napoléon lui-même n'en pensât autrement, car la volonté fortement arrêtée et persévérante de quelques hommes de coeur était toujours chose désirable. Trois paysans suisses firent le même serment, et la Suisse fut affranchie de la tyrannie qui pesait sur elle.
Dès lors nous nous distribuâmes les rôles à l'étranger, à l'intérieur, dans le clergé et dans l'armée. Une contre-police fort restreinte fut organisée dans Paris. Cette organisation, ce travail, furent continués jusqu'à la première et la seconde Restauration.
La bulle d'excommunication répandue par nos soins (1809)

Nous concourûmes aux secours donnés au pape dans sa captivité et à entretenir les communications du Saint-Père avec la chrétienté. Enfin, quand l'excommunication fut lancée, nous en fîmes faire de nombreuses copies pour la faire connaître.
Un copiste arrêté
Le père d'un de nos copistes, M. Beaume, rentier à Paris, avait tenu un propos fort inconvenant, il avait compté les arbres des boulevards depuis la Madeleine jusqu'à la Bastille et il disait qu'il y avait juste le nombre nécessaire pour pendre l'empereur, sa famille, ses ministres, les membres du Sénat et du Corps législatif - qu'il avait cru apparemment fort joli, puisqu'il l'avait répété dans plusieurs lieux, ce qui amena une descente de la police chez lui. Dans ce moment-là même, son fils était occupé à copier la bulle d'excommunication, il fit un mouvement précipité pour la cacher ; mais un des agents de police s'en étant aperçu s'élança, la saisit ; et M. Beaume fils fut arrêté et conduit à la préfecture.
La police face à la résistance des partisans du Pape
Grand fut l'étonnement du ministre : cette bulle que nous .avions reçue du pape lui-même et de son secrétaire, on prétendit qu'elle ne pouvait être sortie que des bureaux du ministère des Cultes. Colère de l'empereur, scène violente", disgrâce de M. Portalis, arrestation de l'abbé d'Astros, son neveu. M. Beaume, interrogé, fut d'une grande faiblesse et donna les noms de tous ceux qu'il savait faire comme lui des copies de cette bulle : il nomma particulièrement Alexis de Noailles comme celui qui lui avait donné l'ordre de la copier. Alexis fut arrêté immédiatement avec quinze à vingt autres personnes. Noailles, interrogé par le préfet de Police, répondit avec noblesse et fermeté, ne compromettant personne, prenant tout sur lui, ne convenant de rien, et déclarant qu'au surplus l'importance que le gouvernement mettait à cette affaire donnait à la bulle d'excommunication une entière authenticité si on avait pu en douter, ajoutant qu'il fallait bien que le gouvernement sût qu'un chrétien obéirait toujours plutôt à Dieu qu'à un homme du pouvoir temporel, quel qu'il fût; et que tous les catholiques voyaient avec douleur les persécutions dont le vicaire de Jésus-Christ était la victime et seraient toujours disposés à partager ses souffrances pour les alléger.
Fouché se montra furieux de la tournure qu'avait pris l'interrogatoire et traita le préfet de Police d'imbécile qui n'avait pas compris que cette affaire devait être présentée comme toute politique et qu'il en avait fait une affaire toute religieuse : " Nous sommes perdus, dit-il, si les dévotes peuvent faire des gens que nous jetons en prison des confesseurs ou des martyrs. "
Ferdinand de Bertier, Souvenirs inédits d'un conspirateur : Révolution, Empire et première Restauration
Présentés et annotés par Guillaume de Bertier de Sauvigny
Collection in-TEXTE Tallandier
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Un gouvernement centralisé : Lucien Bonaparte s'adresse aux préfets
Bulletin des lois l7 janvier l811
Les idées générales doivent partir du centre, c'est de là que doit venir l'impulsion uniforme et commune : et je vois avec peine que quelques-uns de vous, dans des intentions louables sans doute, s'occupent du soin d'interpréter les lois ; qu'ils parlent aux administrés par des circulaires, des placards, qu'ils remplissent les journaux du récit de leurs oeuvres.
Ce n'est pas ainsi que le gouverneraient désire qu'on administre, il connaît, par des résultats positifs et réels, ceux d'entre vous qui sont les plus dignes de sa confiance. Suivez, l'exemple qu'il vous donne ; il fait des actes et non des écrits, il gouverne mais il parle peu.
J'aurais désiré ne pas vous répéter ces idées ; mais dans une administration nouvelle qui succède à tant d'erreurs, il faut bien tracer des règles de conduite.
J'insiste sur celles que je viens de vous donner et je sous préviens que le gouvernement est disposé à ne voir dans les actes et dans les proclamations, placards etc.. qu'un reste des errements révolutionnaires.
Circulaire, de Lucien BONAPARTE ministre de I'intérieur, 6 Floréal an VIII (26 avril 1800) .
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Restrictions à la liberté de la presse
Art. V - Seront supprimés, sur-le-champ, tous les Journaux qui inséreront des articles contraires au respect dû au pacte social, à la souveraineté du peuple et à fa gloire des années, ou qui publieront des invectives contre les Gouvernements et les nations amis ou alliés de la République, lors même que ces articles seraient extraits des feuilles périodiques étrangère.... Haut de page
La Maisonfort, résistant royaliste, rentré d'émigration, échappe de peu au peloton.
J'avais pris, dans la maison où logeait ma femme, une chambre qui me coûtait quinze francs par mois. Ce fut là que, le 11 mais, deux mois jour pour jour après mon arrivée à Paris, je fus arrêté entre cinq ou six heures du matin. Je dormais, ma porte s'ouvrit, ma chambre fut remplie de monde avant que je fusse éveillé. On envoya chercher un commissaire, mes papiers furent empaquetés, scellés, cachetés, je signai le procès-verbal et nous partîmes. Je fus escorté par un peloton
Les premiers jours furent bien durs. On me croyait au secret, à la police, et Dessertes, honteux de m'avoir oublié, n'osa pas donner de nouveaux ordres. Cet oubli fut très heureux pour moi, car, arrivé au Temple le soir, j'avais pu écrire un billet à ma femme avant de me coucher. J'attendais des papiers qui pouvaient compliquer mon affaire, et, quoique je ne fusse pas précisément en ce moment agent du roi en activité, j'étais chargé de voir du monde et d'entretenir des correspondances plus que suspectes au pouvoir d'alors. Mon billet arriva à temps, on put cacher aussi une malle, soustraire des lettres et m'ôter, sinon le caractère d'un serviteur fidèle du roi, du moins celui qui m'aurait mené droit à la plaine de Grenelle pour y être fusillé. Au moment où l'on m'avait arrêté, c'était la première idée, on avait besoin d'une conspiration pour cette semaine et j'avais été choisi pour victime. Cependant, je dois cette justice à Fouché, que, tout calcul fait, il ne trouva pas que ma bonne tête de plus ou de moins fût nécessaire au Consulat.
" Non, me dit Desmarets, d'un air froid et sévère, vous méritiez d'être fusillé.
- Même avant d'être jugé ?
--Non, après. Il y avait de quoi. Vous avez conspiré contre la république.
- Oui, mais il y a deux ans.
- Vous avez voulu renverser le gouvernement.
- Oui, mais il y a deux ans, ce que je n'ai pas eu l'esprit de faire, un autre plus adroit et surtout plus heureux que moi l'a fait, qu'on nous mette en jugement ensemble.
- Qui ? me dit-il.
-Napoléon Buonaparte, votre Premier consul. "
Ici, M. Desmarets se mit à sourire et se radoucit un peu
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